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stephanie 34 ans


Bonjour à toutes ! (et à tous car messieurs si vous nous lisez ceci aussi vous concerne !)

Hier soir après avoir discuté avec une écoutante, j'ai décidé de vous apporter mon témoignage quand à mon interruption "involontaire" de grossesse, oui je dis bien involontaire car je ne le souhaitai pas. Je l'ai fait après avoir subi des pressions abominables de mon conjoint et des membres de ma propre famille qui étaient au courant (aujourd'hui j'ai coupé les ponts avec mon père).

Je commence mon histoire et j'espère que vous aurez la patience de la lire jusqu'au bout.

J'ai 34 ans, je suis la maman de 3 adorables garçons que j'aime de tout mon cœur. Je vis en couple, je dispose d'une bonne situation donc à priori tout va bien sauf qu'avant cet été mon conjoint et moi avions eu des soucis de couple et en plus je rencontrai des soucis financiers (oui nous faisons comptes séparés), j'ai arrêté de travailler pour élever l'enfant que nous avons eu tous les deux, mes deux premiers sont issus d'un premier mariage. Je me suis mise en congé parental et j'ai rencontré des soucis d'argent, je n'avais plus de quoi avancer l'argent pour me payer le médecin au risque de faire un chèque sans provision, et donc je ne pouvais pas aller renouveler ma pilule ! A cette période, mon conjoint et moi n'avions plus de relations,

J’avais même entamé une demande de logement qui est toujours en cours. Malheureusement, un soir, nous avons eu des relations et ce qui devait arriver et bien arriva, j'employai la méthode dite du calendrier, et notre relation a eu lieu 2 jours après avoir eu mes règles, donc je ne pensais pas qu'il y ait pu avoir des risques. Mais voilà, je suis débile ! C’est ce que m'ont balancé certaines personnes ! Bref, j'assume l'entière responsabilité de ce qui est arrivé, la seule fautive c'est moi par contre pour ce qui a suivit après je ne l'ai pas mérité.

Je suis déjà passé par 2 ivg auparavant. La première à l'âge de 18 ans, à l'époque, nous n'avions pas de droit de parler de sexe à la maison avec mon père c'était tabou, très stricte, j'avais des relations en cachette et je suis tombée enceinte, j'en ai parlé à ma mère et j'ai pris toute seule la décision d'avorter car j'étais trop jeune, je ne me sentais pas prête, sans situation, sans argent, j'avais selon moi de bonnes raisons de le faire, et même si çà m'a rendu triste quelques temps, j'avais pris la bonne décision et je m'en suis remise.

Après un mariage chaotique et 2 enfants, j'ai rencontré un homme plus âgé, qui voulait faire sa vie avec moi, me faire un enfant, il m'a mise en confiance et quand j'ai fini par lui annoncer ma grossesse, il m'a dit qu'il n'en voulait pas et qu'il ne le reconnaitrait pas, j'ai avorté, il m'a laissé tombé une semaine après et plus tard j'apprend qu'il se servait de moi et qu'il me trompait et cela dès le début de notre relation.

Puis le temps passe et je rencontre l'homme avec lequel je vis aujourd'hui, que je pensais humain, différent des autres mais au final je me rends compte que je me suis encore trompée. Nous avons pris la décision d'avoir un enfant et nous avons eu un magnifique petit garçon qui a aujourd'hui un peu plus de 2 ans puis comme je vous l'ai expliqué nous avons commencé à avoir nos soucis de couple. J'avoue que mon récit peu paraître flou mais j'ai du mal à expliquer en quelques mots mon histoire.

Un jour, en cherchant une date de je ne sais plus quoi dans le calendrier je me rends compte que zut j'ai du retard, je cours directement à la pharmacie, je fais le test et la terre s'écoule sous moi. Comment allais-je faire pour annoncer çà à mon conjoint ? J'étais en larmes, au bord du gouffre, j'ai alors appelé ma petite sœur et elle m'a prise de haut en disant qu'elle n'était pas étonnée que çà me pendait au nez, alors que je cherchais juste à parler et de la compassion, ma famille m'a jugé et disait du mal de moi.

Lorsque mon compagnon a appris la nouvelle il a juste dit "quelque soit ta décision je te soutiendrai", mais je savais bien qu'il sous entendait par là de me faire avorter, pas à un seul moment je n'ai pensé à faire partir mon bébé, je n'avais selon moi aucune raison valable de le faire, une voiture 4 places, une maison, une situation confortable, rien ne justifiait cet acte, je voulais assumer et pour moi un enfant c'est certes des responsabilités mais un concentré d'amour !

Lorsque j'ai dit à mon conjoint que je voulais garder cet enfant c'est là que l'enfer a commencé, j'ai eu droit à des menaces de suicide, que j'étais responsable de son malheur, que je faisais des enfants pour l'argent, que j'étais une irresponsable, que je ne savais pas m'occuper de 3 enfants alors 4 n'y pensons même pas, il s'est mis à boire encore plus. Pendant ce temps là moi je parlais à mon enfant, je l'aimai de tout mon cœur, je lui disais que je serai là pour le protéger envers et contre tout, je voulais même fuir dans un foyer d'hébergement, je ne savais plus où j'étais, j'étais perdu, seule avec tout l'entourage qui me rabaissait et me poussait à avorter. J'ai été rabaissé, humilié, intimidé pour que je finisse par craquer et çà a fini par arriver.

La veille de partir en vacances, valises bouclées et devant les enfants, mon conjoint m'annonce qu'on ne part plus. Mes fils se sont mis à pleurer et mon conjoint à dire que c'était de ma faute, lui ne voulait plus partir et je rendais tout le monde malheureux. Et là j'ai fini par craquer j'ai accepté. L'après-midi même j'avais vu mon bébé à l'échographie pour évaluer les risques de trisomie 21, comment pouvais-je tuer ce petit être que je venais de rencontrer, j'avais vu ses petits pieds, ses mains ses petits doigts, son minuscule petit nez, j'ai vu battre son cœur, je l'ai vu bouger dans mon ventre. 4h plus tard, le géniteur avait gagné, il m'avait eu, avait pris mes enfants en otage.

J'ai avorté 4 jours avant la fin du délai légal à 1.000 km de chez moi, c'était le vendredi 26 juillet et le samedi je reprenais la route pour faire 1.000 km et rentrer dans l'autre sens. J'ai l'impression d'avoir abandonné mon enfant si loin, d'avoir commis un « meurtre ». Je suis en colère je me déteste. J'en veux à cette fameuse loi soit disant créée pour les femmes, pour leur permettre si elles le souhaitent de ne pas avoir l'enfant « non désiré », et je me dis que cette loi finalement a été créée pour les hommes !

Je ne dis pas de revenir dessus mais les médecins ne peuvent-ils pas refuser un tel acte quand on sait que la femme subit un harcèlement moral pour qu'elle se fasse avorter, qu'elle souhaite garder son bébé ? Aujourd'hui quelque chose est mort en moi, je ne ressens plus rien, la tristesse d'autrui me laisse sans réaction, je me suis enfermée dans une bulle où il n'y a que mes fils et moi. Je ne veux plus voir personne, j'en veux à mon conjoint, je veux partir loin ! Pas un jour ne passe où je ne pense pas à mon bébé, il me manque, je pleure en vous écrivant, mon cœur me fait souffrir c'est une douleur physique, j'ai l'impression qu'on me le serre très fort et qu'il va exploser. J'ai l'impression de ne plus avoir du but dans la vie, d'être un monstre, je me sens comme sur un nuage d'où je regarde les gens sans vraiment les voir. Je me sens violée, dépossédée de mon corps, dévalorisée dans mon rôle de mère, je me sens seule sans personne à qui parler.

J'ai demandé pardon à mon bébé pour mon geste, mais je n'arrive pas à trouver la consolation, ni la paix de l'âme, j'ai l'impression de n'être qu'une coquille vide. Hier soir, mon conjoint a avoué la vérité à sa mère qui a dit "ce n'était pas un bébé, il n'est pas né", "elle va s'en remettre, de toute façon c'est sa faute" mais comment peut-on dire ce genre d'horreurs ?

Comment peut-on apporter si peu d'intérêt à la vie humaine, si petite fut-elle ? J'ai essayé il y a quelques temps de me faire du mal, tellement je souffrais, j'ai essayé de faire éclater mon foie en busant une grosse quantité d'alcool, j'ai juste été bien malade, c'était débile ! J'ai beau me dire que je dois me raccrocher à mes enfants, je n'y arrive pas. Cette nuit j'ai rêvé que mon stérilet tombait dans les toilettes, et que je disais, çà y'est, je vais pouvoir faire revenir mon bébé. Je deviens folle, j'en peux plus. Je ne supporte plus de voir un bébé, entendre un bébé pleurer, une femme enceinte.

Lorsque je portais ce petit enfant je me sentais si bien ! Aujourd'hui tout n'est que néant.

 Stéphanie

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