Toutes les infos sur l'IVG dont vous avez besoin : médicales, psychologiques, juridiques ou sociales.

risque d'handicap

Celine 32 ans, 3 enfants


J'ai accouché de mon 1er enfant à 28 ans, hors mariage (dans mon milieu cela ne se fait pas du tout!) Et on m'a dit d'avorter pour avoir moins de problèmes et moins de honte mais je ne l'ai pas fait. Il est né avec une maladie génétique rare qui a nécessité une prise en charge très lourde. Je suis retombée enceinte quand il avait 9 mois et j'ai du faire une amniocentèse 3 mois plus tard. Il s'est trouvé que le bébé était porteur aussi de cette maladie génétique. Mon monde s'est écroulé. J'ai eu la généticienne de l’hôpital Necker au téléphone qui m'a dit que je devais avorter de toute urgence par aspiration, elle a répété à mon mari (parce que je me suis marié avec le père entre temps) qu'on « était jeune et qu'il ne fallait pas qu'on gâche nos vies avec un 2eme enfant malade.. » . C'était horrible, mais contre l’avis de mon mari, je n'ai pas avorté ! Avoir 2 enfants malades parce qu'on a refusé l'avortement, ca rend la femme responsable de tout. C’est très dur aujourd'hui car mon mari et d’autres personnes disent que « si c’est si dur, eh bien, il ne fallait pas les garder »,  J'entends aussi: « on ne fait pas des enfants quand on n’est pas capable de s'en occuper ». Je m'en occupe très bien mais la prise en charge est épuisante ! J'en ai fait un burn-out quand mon 2eme avait 4 mois car j'avais des soins invasifs à lui faire et j'étais seule en face de tout cela.. Ca s'est dégradé avec mon mari, qui a commencé à être violent psychologiquement, et j'ai avalé une boite d’anxiolytiques dans un contexte de décompensation anxieuse quand mon 2eme a eu ses un an. Je suis restée 4 jours à l'hôpital et en sortant je suis tombée enceinte sous cachet Je ne men suis pas rendue compte tout de suite et c’est quand j'ai diminué les anxiolytiques que j'ai réalisé que je n'avais plus de règles.
La PMI intervenait depuis 2 mois parce qu'ils s'étaient rendu compte que c'était trop dur pour une maman de vivre tout ca toute seule. Mais pour eux, tout comme pour mon mari; pour mes parents; mes frères qui habitent à côté de chez moi, une 3 ème grossesse était un truc totalement fou et irresponsable. Chacun essayait de jouer sur mon état psychologique très faible pour me faire avorter rapidement. La puéricultrice de la pmi m'a dit : « est ce que vous serez capable d'avoir 3 enfants dans ce contexte? » Je lui ai répondu que la question est plutôt pour moi : « est-ce que je serais capable de vivre avec un avortement en plus dans ma tête maintenant ? » J'avais pris rdv pour une IVG mais je n'y suis pas allée. Et à partir de ce moment là, cela à été l'enfer de la solitude. Mes parents m'ont totalement lâché, mes frères aussi ! Plus aucune visite, aucun coup de fil et mon mari a agi comme si je n'étais pas enceinte. Donc, je devais continuer à tout faire comme si je n'avais pas de bébé en moi. Je suis allée à l amniocentèse toute seule; j'ai attendu les résultats toute seule. Et mon bébé ETAIT EN BONNE SANTE ! Il n’y avait personne avec moi pour s'en réjouir; même mon mari voulait que je trouve un moyen d'avorter. J'ai donc vécu ma grossesse jusqu'au bout comme une guerrière, a assumer les soins des 2 premiers qui n'ont aujourd'hui que 3 ans et demi et 2 ans (leur soins ont lieu principalement la nuit, donc je ne pouvais même pas me reposer), à faire tout mon ménage, les courses seule, avec un mari qui me traitait comme si je n'étais pas enceinte.
Bref; inutile de vous dire que ça a été dur. Mon petit deuxième Aaron a 4 mois aujourd'hui, le jour de sa naissance mes parents et mes frères sont réapparus. Ca reste très dur mais je ne regrette pas d'avoir tenu bon. Aaron est plein de sourire de vie ? Et tous les professionnels qui m'avaient poussé à l'avortement ont pris sa naissance comme un cadeau merveilleux. La puéricultrice de la PIM est même venue me voir à la maternité. Mon mari accepte enfin Aaron, mais il me dit encore des phrases comme "on ne fait pas des enfants quand on n’est pas prêt à les assumer".