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IVG médicamenteuse


IVG médicamenteuse en France

L'avortement aujourd'hui


Le nombre d’avortements ne cesse de croître en France, mais quel est l’impact psychologique de l’avortement aujourd'hui auprès de toutes les personnes impliquées dans cette pratique ?

Jenifer - IVG a 17 ans - enceinte a 19 ans


Bonjour à toutes. Je souhaite raconter mon histoire non pas pour influencer votre choix mais pour vous ouvrir les yeux sur certaines phases de l'IVG. Tout a commencé il y deux ans et demi. A l'époque, j’avais 17 ans,  j'étais en deuxième année de cap coiffure et je venais de rencontrer mon premier amour. Tout se passait bien lorsqu’un retard des règles est survenu. J’étais sous pilule depuis 5 jours mais personne ne m'avait vraiment expliqué que l’on était "protégé" qu’une semaine après. Ce qui devait arriver, arriva : Enceinte de 5 semaines d'après l'écho. J'ai mis tout de suite au courant mon copain qui voulait le garder. Ma mère, elle, a directement pensée a l'avortement sans savoir ce que je pensais vraiment. Puis les rendez-vous furent pris soigneusement par ma mère qui ne me laissa pas le choix de réfléchir. 1er rdv avec le psy, puis l'écho, puis le fameux moment de la première prise de médicament. Le plus dur selon moi. Deux petites pastilles blanches qui vous changent totalement la vie. L’IVG s’est mal passée avec hémorragie. Mon copain m'abandonna et rentra à l'ile de la Réunion. Ma famille ne me donnait aucun soutien. J’étais anéantie, vidée, trahie par ma vulnérabilité de jeune adolescente et par ce gros chagrin d'amour.
Les mois s'écoulèrent et mon mal être grandissait, j'étais dans un trou noir à penser tous les jours à ce petit bébé que j'avais "tué". Personne ne comprenait mes réactions et c'est en lisant sur internet que j'ai compris que je faisais un "syndrome Post IVG". Cette histoire m’a empêché d'avoir une adolescence épanouie, d'être heureuse. Je me cachais sous des sourires mais mon mal-être était toujours là. Puis les jours, les années passent  et mon bébé est  toujours dans la tête. Je vous jure : pas une journée sans penser à cette ivg et à ce jour qui a détruit ma jeunesse.
Aujourd'hui, j'ai rencontré un homme. J'ai maintenant 19 ans et suis enceinte de deux mois Cette grossesse est imprévue même si inconsciemment je l'ai souhaitée. Après mon IVG, je n'ai pas voulu reprendre de contraceptif car psychologiquement j’avais peur de ne plus arriver à concevoir une nouvelle vie. Ma famille ne l'approuve pas du tout, mon entourage non plus. J’ai passé une écho avec la peur au ventre de repenser à une nouvelle IVG. Entendre son cœur battre même si c'est tout petit et que ca mesure 7mm, fait qu'on s'accroche. A ce moment là,  je me suis dit que je lui donnerai tout l'amour qu'une mère puisse donner a son enfant. Et que refaire une IVG serait grave pour mon état psychologique et physique. Je ne pense pas être égoïste. Et comme j'ai pu lire sur les témoignages du site ivg.net , c'est pas « lui » qui a décidé d'être là ! Alors, pourquoi faire du mal à  lui et à moi ? Quand on veut on peut, même si au début, on n’est jamais sûr de rien ...
Mon ami est militaire de carrière donc part beaucoup en déplacement pour des durées maximum de 9 mois. Mais, il aura des moyens financiers pour ce petit bout au chaud dans mon bidon. Même si je sais qu'il ne sera pas là souvent, que je passerai une partie de ma grossesse seule, j'assumerai totalement ; Je sais que j'en suis capable !  J'en suis à 4 mois aujourd'hui. N'ayant pas de travail, je vais me donner tous les moyens, pour me créer une situation. Et puis je vais essayer d’avoir le RSA en attendant mieux et d'autres primes de grossesse.
Donc Mesdemoiselles, Mesdames réfléchissais bien ! Une ivg n'est pas sans conséquence ; Quoi qu'il arrive, pensez à vous-même. ! N'écoutez pas trop les gens autour de vous. Ce ne sont pas eux qui vont subir l’IVG. Ecoutez votre cœur et votre intuition féminine! Prenez contact avec les conseillères de ce site. Je remercie Marie d’ailleurs qui m’a beaucoup aidée à y voir clair.
Si vous n'avez pas de situation, si vous êtes dans la galère, il existe des aides, et des personnes à votre écoute, des gens qui sont là pour vous aider  le temps d'une grossesse pour vous préparer à l’arrivée de votre bébé. Tant que le bébé ne manque de rien et qu'il est en bonne santé et heureux c'est l'essentiel ! Voila j'espère que mon témoignage vous aidera à y voir plus clair.

 Jenifer

 

Myriam 30 ans


Je vous contacte pour poster un témoignage, et vous remercier; J ai 30 ans, suis enceinte, et suis déjà la maman d'un petit garçon de 9 mois qui est né avec un handicap mental qui n'a pas été détecté pendant ma grossesse, malgré tous les examens (prise de sang, écho, clarté nucale bonne...) cela a été un choc pour moi a la naissance, mais l'amour que l'on a pour son enfant efface toutes les blessures;  par contre c'est avec le père que cela c'est super mal passé…et nous nous sommes séparés.

Depuis, je suis retombée enceinte avec mon nouveau compagnon, et on était très content de la nouvelle. Bêtement, nous nous sommes disputés, et, dans un moment de panique, j’ai eu  très envie de faire une ivg, car je ne voulais pas me retrouver dans une autre situation compliquée avec le père de ce second bébé. Du coup, j'ai appelé directement le planning familial qui m'a proposé de partir en hollande, car il me restait deux jours de délai légal en France pour avorter, ce qui est trop court. Afin d'essayer de trouver une autre solution, j'ai contacté sos-ivg afin d'avoir des renseignements et des numéros d'hôpitaux. A ma grande surprise, je suis tombée sur une dame charmante, très douce et très sérieuse, à l'écoute, qui s'appelle Ghislaine;  et je dois dire qu'elle m'a évité de faire la plus belle bêtise de mon existence: elle m'a ouvert les yeux sur ce qu'est l'ivg, l'envers du décors qui est assez cauchemardesque, le nombre de femmes qui témoignent et regrettent d'avoir laissé leur bébé, les risques encourus si un jour on veut retomber enceinte, l'après-ivg qui est très traumatisant car il faut vivre avec le souvenir d'un être que l'on n'a pas connu, mais qui a été à un moment dans notre cœur, les cliniques à l'étranger qui pratiquent cela « à la chaîne », et où il n'y a pas de suivi de dossier médical a notre retour en France... Il y a un manque d'information sur « l'après ». Du coup, je reconnais que j'ai un coté parfois trop spontané, mais je sais que maintenant Ghislaine m'a évité de faire la pire chose de mon existence. Là, mon bébé est encore bien dans mon ventre à l'heure actuelle, et, malgré les difficultés de la vie, cela fait du bien de se battre pour ses enfants que l'on aime. Encore merci Ghislaine, vous êtes une fée!

anonyme 38 ans, 5 IVG


J'ai 38 ans et souhaite témoigner anonymement. Je suis dans la salle d'attente de la clinique, salle d'attente qui fait office d'hall.

- Vous êtes enceinte ? me dit une voisine

- "Oh non pour moi c'est fini les enfants. J'en ai déjà cinq."

Le ton est détaché. Je m'entends parler comme un robot. Je souris.

- "Et vous , c'est pour quand ?" dis-je

- "juillet".

-"Vous allez voir : ça va vite passer".

Il n'y a que des femmes au gros ventre. Elles sont parfois accompagnées.On lit leur bonheur dans les yeux. un bonheur partagé. Ils sont deux.Je suis seule.Le médecin a plus de deux heures de retard. En deux heures on a le temps de se poser beaucoup de questions. Est-ce le bon choix ? On a le temps de voir le bonheur et de cacher sa tristesse. Prendre un air détaché.

On a le temps de mesurer son malheur en regardant la joie des autres. Ils se tiennent la main. Elle caresse son ventre. Ils se parlent. ils rient, se sourient. Ils sont deux. Ils savourent leur bonheur.Deux heures trente de retard. Je voudrais ne pas être là et fuire. Que cela ne soit jamais arrivé.Je voudrais être trois. Je suis seule dans ce hall lugubre. Les futures mamans partagent leurs questions. Moi , je ne suis pas préssée, je ne suis "plus" enceinte et d'un air détaché, je m'envole dans mes pensées :

"Je serais toujours avec toi. Mon petit cœur. Je fais cela pour toi. J'ai si peur de ne pas y arriver toute seule. J'ai si peur de ne pas être la mère qu'il te faut. J'ai si peur et je me pose mille questions. Dieu, que les hommes sont lâches ...Dieu, pardonne moi. Mon petit cœur, pardonne moi. Tu seras avec Adèle, Émile et Bella. Parfois, souvent, tout le temps je penserai à toi. Mille larmes couleront sur mes joues et mes yeux rougis regarderont le ciel, cherchant un signe, une réponse, un pardon. Un jour je vous rejoindrai. Nous serons tous réunis pour toujours et nul ne nous séparera. Plus personne ne choisira pour nous. Je pourrais enfin faire votre connaissance, vous dire pour de vrai : pardon. Je ne vous chercherai plus parmi les étoiles.

Trois heures de retard. J'entre dans le cabinet. Je ne peux retenir mes larmes.

Pardon petit cœur ... Pardon ...Un jour, je te promets que je t'expliquerai. Je te dirai ma vie. Je te dirai combien j'ai eu peur de ne pas y arriver, de ne pas être une bonne maman. Un jour, je te dirai que je n'ai pas eu le temps de penser. C'est comme si j'avais été happée dans un tourbillon noir avec la peur de ne pas savoir t'éduquer, t'élever, payer ta nourriture et t'offrir un univers plein de promesses. Tu sais, petit cœur , les hommes sont lâches . Ce soir, je te parle beaucoup. Je voudrais que tu soies avec moi. Je voudrais t'attendre. Je voudrais que nous soyons trois. Pardon pour ma lâcheté. Je suis punie pour le reste de ma vie.J’attendrai, j'espère que tu me pardonneras quand on se retrouvera. Adèle, Émile, Bella et toi petit cœur êtes ensemble. Je voudrais vous rejoindre, vous expliquer et vous demander pardon d'avoir été aussi lâche .

Je ne supporte plus la vision d'une femme enceinte. je ne supporte plus la vision d'un bébé. J'ai mal depuis tout ce temps. À chaque fois j'y ai cru. À chaque fois « les géniteurs » ont niés ce que vous étiez pour moi. À chaque fois, j'ai eu peur. Je pleure depuis ce temps. 

Depuis toi, Adèle. J'ai tout fait pour te sauver. Tout. Tout. Mais il a prit rdv au planning et le lendemain je passais au bloc. Émile, j'ai fais ce que j'ai pu. J'ai essayé, j'ai fais de mon mieux. Ton géniteur me demandait combien coûtait un landau. Sa mère me disait : "il aura peut être les yeux bleus". C'était tellement irréel que le géniteur changea d’avis. Il reprit rdv pour moi. Mes supplications n'y changèrent rien. Tu fus « enterré » dans le pot de fleur de la terrasse. Bella, ton géniteur est parti un jour en disant que « je n'étais pas enceinte. Que c'était faux ». Je lui montrais l'échographie. On y voyait une petite boule. Un petit cœur. Il ne me croyait pas. J'étais une menteuse. Il partit sur le champ trouver une autre conquête. Tu es dans mon jardin. Toi, petit cœur, ton géniteur parlait de toi en disant " ce qui s'est passé", il a fuit toute discussion et tout dialogue en me disant :" je sais que tu vas avorter, tu as vu ta vie, etc." Mes petits jamais nés ... Mes petits ... Mes enfants ... Je n'ai jamais oublié aucune date. Celle où vous êtes partis et celles où vous m'auriez rejoins, celles où nous devions nous dire bonjour.

J'attends le jour où nous nous retrouverons.

Celles qui disent « que cela passe avec le temps » se trompent. Non ce n'est pas vrai. Le temps ne suture pas une blessure. Le temps passe et chaque jour ici bas me rapproche de vous.

À jamais dans mon cœur. Adèle, Émile , Bella , petit cœur Paul .

 

Vanessa 28 ans


Vanessa 28 ans, je souhaite vous faire partager mon expérience. Elle m'est propre mais je suis certaine qu'elle doit malheureusement être commune à bien d'autres femmes.

Le soir de mes 28 ans, il y a presque 1 mois, je me suis rendu compte que j'étais enceinte, événement qui n'est pas arrivé dans une situation idéale. D'abord un peu assommée car au moment de l'apprendre je ne suis plus avec "la personne", je l'en informe donc car j'estime cela normal, ne voyant pas le danger qui m'attends. IL se retrouve être lui aussi assommé, ne réagis pas dans un premier temps, mais me fait part de suite de son souhait que j'avorte, ce à quoi je lui réponds que « cela me demande réflexion ». Deux semaines se passent alors, sans plus de nouvelles de sa part. Pendant ce temps, commence la réflexion pour moi; Au fond je le sais, je garderais cet enfant coute que coute même s’il est évident que je l'assumerais seule, sans aide de sa part et surtout sans "plus" lui imposer ce choix.

 

Je suis à 7 semaines de grossesse au moment où je lui annonce fermement ma décision. Là, commence pour moi le calvaire, il se montre d'abord culpabilisant puis très menaçant, il profère ses menaces de morts par le biais de tiers personnes, proches de moi et dont il espère que leurs paroles me feront changer d'avis;  puis poursuit ses menaces  envers moi directement.

Il est précis et calculateur, il ne laisse pas de traces de messages ou autres. Il rode autour de chez moi, m'explique ce qu'il compte me faire et comment le faire et là, pas à pas, moi qui ne suis pourtant pas trouillarde je prends peur, dans un dernier accès de courage n'en pouvant plus de ce harcèlement, n'en pouvant plus de vivre cachée chez moi, dans la honte et la peur, sursautant aux moindres bruits, je décide de porter plainte.

La plainte m'est refusée ! l'OPJ accepte seulement de prendre une main courante. C'est cliché, il me dit que des dossiers de ce genre il en a 100 sur son bureau, que je ne porte pas de traces de coups que c'est donc ma parole contre la sienne...et qu'il ne pourrait pas placer un policer devant ma porte. Pour finir, il me dit qu'au vu des faits, il le convoquera…

Ce qu'il ne fera pas. Je le saurai par la suite.

Je me suis tournée vers votre association, j'y ai d'ailleurs été très bien accueillie, écoutée et conseillée, un hébergement d'urgence m'a même été proposé.

Mais jusqu'au bout, j'ai espéré le faire changer d'avis. Alors, le matin de l'intervention, je suis montée en voiture avec lui, je l'ai supplié, j’étais apeurée ! Mais rien n'y a fait. Il n'a fait que nourrir davantage ma peur.

Le lundi 13 janvier, j'ai subie une ivg à 9 semaines de grossesse, très mal accueillie dans la clinique où je me suis rendu. J'ai mis 2h à hésiter pour prendre les cachets, je me suis fait "engueuler" pour le coup ! C'est vraiment le terme parce que je trainais trop d’après eux à prendre leurs cachets.

Il faut savoir que lui est resté sur le parking de la clinique de 7h30 à 17h, afin que je n'oublie pas qu'il était présent.

Aujourd'hui, je suis au bord du gouffre, désemparée, désespérée, en colère contre moi, contre lui. Et si culpabilisée !

Ce sentiment violent d'injustice me ronge, cette sensation d'avoir perdu une partie de moi et d’être en deuil. Je n'arrive toujours pas à réaliser les violences dont j'ai été victime, je ne me suis jamais rabaissée devant les obstacles et là, j'ai le sentiment de m’être presque tuée.

Je me sens coupable de la perte de cet enfant à venir, j'aimerais le vivre mieux mais ce n'est pas le cas. Je me suis infligée ce mal qui me ronge, dans mon corps et dans ma tête, j'ai tue ses menaces à tout mes proches de peur de faire davantage de mal.

Je me suis oubliée, j’ai pensé à tous sauf à moi où à mon bien-être. Le pire étant de s'infliger ce mal sous la contrainte.

Refaire surface me parait impossible ! Un long parcours m’attend mais, aujourd'hui, je ne sais pas de quoi demain sera fait.

Daisy 20 ans


 

 

Je suis tombée enceinte à 20 ans et mon copain de l'époque voulait que j'avorte. A l'époque, j'étais étudiante et je n'avais que de peu de moyens et beaucoup m'on dit que de « garder cet enfant serait une erreur », que « cela gâcherait ma vie » (bref ce que l'on dit à toutes les filles qui tombent enceinte sans situation...).Je me souviens d'avoir demandé  à mon médecin une lettre pour avorter...d'être entrée à la maternité (par ce que l’on donne la mort là où aussi on donne la vie -> paradoxe) et de voir la ligne verte qui menait au service obstétrique et à la maternité et la ligne noire qui menait à l'hôpital de jour où on pouvait avorter. J'ai pris le premier rdv pour l’IVG et franchement,  je suis sortie en me disant « JAMAIS je ne pourrai faire ça ». Que cela était trop atroce !
Je n'ai pas donné suite à l’iVG, mais à ma grossesse j'ai dit un grand OUI !!!
Je suis maman d'un petit garçon de 2 ans et demi ! Et quand à ma situation professionnelle...Je serai titulaire d'un poste de conseillère à l'emploi dans une semaine et ceci en ayant arrêté mes études universitaires. Voilà ! Un enfant ce n'est que du bonheur !!!! Quand au père biologique, il n'a pas su supporter sa paternité et nous a quitté mais ça c'est une autre histoire...Mon fils est épanoui comme tous les autres garçons aujourd'hui et c'est le principal !

France : une IVG cause la mort d'une adolescente


Deux médecins ont comparu devant le tribunal correctionnel de Châlons après le décès d'une adolescente en décembre 2010 à la suite d'une IVG.

Laetitia 20 ans


Je m’appelle Laetitia. J'ai choisi de faire mon témoignage sous forme d’une lettre adressée à mon fils dont j'ai coupé le fil de la vie il y a maintenant 15 ans, afin qu'il soit posté sur le site et que des futures mamans dans le doute puissent être aidée par  mon témoignage.

Mon petit Josué,

Comment puis-je t'appeler mon petit après ce que je t'ai fait, voilà 15 ans, alors que tu étais en sécurité dans le creux de mon ventre. Tu étais venu te nicher au creux de moi, sans faire de bruit, si discrètement que je ne t'avais pas senti venir, et il m'a fallu un petit moment pour sentir ta présence. J'ai vécu sans savoir que tu étais là puis j'ai commencé à comprendre que quelque chose se passait.

Quand j'ai su que j'étais enceinte de toi, j'ai eu peur, car cela n'était pas prévu, pas voulu, je faisais des études pour apprendre un métier, j'ai eu peur de la réaction de mes parents, et j'ai souhaité immédiatement te faire partir. J'ai rapidement su que tu étais trop grand pour qu'on me laisse te faire partir, car, petit filou, tu t'étais caché, et cela aurait pu nous sauver, mais ce médecin au cœur dur que j'ai rencontré dans l'urgence, ne m'a même pas laissé la chance d'imaginer te donner la vie. Il ne me proposait que de t'abandonner ou d'aller en hollande, où l'on fait le sale travail qu'on ne fait pas en France. C'est lui le premier que je n'aurai jamais du rencontrer, et qui m'a donné cette idée cruelle.

J'aurai du en parler à ton papy et ta mamy, car un papa et une maman sont des personnes de confiance, même quand on a fait une grosse bêtise, et je sais maintenant que mes parents sont exceptionnels.

Il fallait payer pour arrêter ta vie en Hollande, et je n'avais pas d'argent. Cela aurait pu suffire encore à te sauver et à faire qu'un jour je puisse te serrer contre moi, mais j'ai quand même organisé la fin de ta vie en attendant de trouver l'argent, précipitée par la peur et l'urgence, et j'ai commis une erreur de me précipiter.

Angoissée, dormant très mal, et ne trouvant pas d'argent, j'ai parlé de toi aux parents de mon meilleur ami qui étaient des gens remplis de sagesse, et qui ont bien voulu me prêter l'argent à condition que ton papa et moi en parlions à nos parents.

Quand j'en ai parlé à ton papy et à ta mamie, c'est mamie qui la première m'a parlé de te laisser grandir dans mon ventre, et j'ai ressenti une immense joie et un grand soulagement car au fond de moi même, je t'aimais déjà, et j'ai compris que j'attendais juste que quelqu'un me dise que j'avais le droit de te garder. C'est seulement la peur de la punition de mes parents qui me faisait penser à l'avortement.

Papy José et Mamy Joëlle étaient prêts à t'accueillir, mais ceux qui auraient du être aussi ton papy et ta mamie ainsi que ton papa ne voulaient pas t'accepter. Ils pensaient que nous leur demandions de l'argent, qui était une chose plus précieuse que la vie à leurs yeux. Ton papa, lui, ne pensait qu'à s'amuser et ne voulait pas de cette responsabilité et avait peur de ses parents qui voulaient juste que tu disparaisses et ne voulaient plus entendre parler de toi pour que cette histoire ne nuise pas à leur réputation.

Je te promets Josué que j'ai supplié ton papa de te garder, que je lui ai fait la promesse qu'on arriverait à vivre et que notre vie serait belle avec toi, mon bébé. Je te promet que j'ai pensé au fond de mon cœur que tu étais mon bébé et que mon rôle était de te protéger, je te promet que je ne voulais pas avorter… mais j'étais si fatiguée de n'avoir pas dormi et d'avoir angoissé pendant une semaine complète, j'étais tellement lasse de voir tous ces pleurs, ces disputes autour de moi à cause de ma grossesse, et j'avais tellement déjà pris le mauvais chemin de l'avortement que je n'ai pas eu le courage de faire demi tour et de te laisser vivre.

Je ne voulais pas que tu grandisses sans père, je ne voulais pas imposer des problèmes à papy et mamie car j'avais fait beaucoup de bêtises avant et je ne voulais pas encore leur apporter des difficultés.

Sous la pression du rendez vous à l'hôpital, je suis donc allée jusqu'en Hollande pour laisser un médecin faire ce que je ne voudrait pas laisser faire à mon pire ennemi et que je t'ai fait à toi, mon tout premier enfant, toi, petit être innocent issu de moi, qui ne demandait qu'à aimer sa maman. Je n'ai pas été une maman digne de ce nom puisque j'ai laissé ce médecin te tuer.

Je sais aujourd'hui que ce jour là, j'ai fait la pire erreur de ma vie. Je sais aujourd'hui que j'aurais tant aimé te connaître, savoir quel visage tu aurais eu et quel homme tu serais devenu. J'aurai voulu te serrer dans mes bras, t'apprendre à parler, à marcher, à vivre et à te transmettre les valeurs que je pensais avoir.

Je t'aimais déjà et j'ai cru faire cela pour ton bien car j'avais peur que tu sois malheureux. La vérité est que j'ai été capable de laisser quelqu'un arrêter ta vie alors que mon rôle était de t'apprendre à vivre et à grandir. Mon rôle était juste de t'aimer. Si seulement j'avais pu te voir sur cet écran avant que cet acte horrible ne se fasse, je n'aurai pas pu te laisser partir, je me serais enfuie de cet hôpital froid et lugubre.

Mon petit Josué, je t'aime si fort aujourd'hui et tu me manque tellement que j'ai du mal à vivre aujourd'hui avec tes frères et sœurs et avec ce papa formidable que tu aurais mérité d'avoir. J'ai du mal à vivre comme si tu n'avais jamais existé alors que je pense chaque jour à toi, que tu me manques cruellement, et que je ne sais pas ce que je donnerai pour n'avoir jamais coupé le fil de ta vie, pour revenir en arrière et décider d'avoir la force d'affronter la vie et quelques difficultés par amour pour toi. Tu étais un cadeau de ma vie et je n'en ai pas été digne.

Je t'aime Josué, et tu as le droit de penser que je ne peux pas dire cela après ce que je t'ai fait. Je pense chaque jour à toi et je ne peux rien faire pour guérir de cette douleur que je ressens au fond de moi, et que je devrais porter toute ma vie, c'est pourquoi j'ai décidé de t'écrire cette lettre afin que des mamans qui, elles, ont encore la chance d’avoir le choix, la lisent en espérant que tout cela n'ait pas servi à rien mon petit amour.

 

Jenny 24 ans


 

Jenny 24 ans

Je vous envoie mon témoignage afin que vous le publiez. Celui de mon compagnon arrive demain. J’ai été ravi de votre appel, vraiment merci.

J’ai 24 ans et deux IVG derrière moi. Vous pouvez penser que je suis une « gamine » qui prend mal sa pilule, ou comme on me l’a dit « une femme prête à tout pour avoir un enfant », mais ce n’est pas le cas. Je suis hyper-fertile, la contraception ne marche pas sur moi. Je ne considère pas cela comme un problème en soi car beaucoup aimerais avoir mon « problème » au lieu de faire un parcours du combattant pour serrer un petit être dans leur bras. J’écris afin de vous faire partager mon expérience et en espérant que cela vous aidera dans cette dure décision qui, au contraire de ce que l’on vous dit, sera avec vous chaque jour.

Tout cela commencé en 2010, mon compagnon et moi étions ensemble depuis 6 mois. Je suis tombé enceinte alors que j'étais sous pilule (diane 35). Comme beaucoup le savent la pilule n’est pas à 100% fiable, et on a cru que nous étions dans ce tout petit %. Je n’avais jamais vraiment voulu d’enfant car j’ai toujours eu un peu peur de ce ventre qui grossit, de la douleur de l’accouchement, on avait beau me dire « mais c’est magnifique », j’avais l’impression que les femmes se baladaient avec un alien dans le ventre. J'étais donc très à cheval sur la prise de ma pilule. Mais voilà, dans les toilettes, ayant pris un test plus par curiosité que par réelle inquiétude, je me suis prise deux barres dans la tête. Ma première réaction fut «  hors de question que je le garde ! ». Mais chaque jour, chaque heure, chaque minute passant vous vous rendez compte qu’un petit de vous grandi en vous. C’est instinctif, mais je me suis prise d’amour pour cette « chose » dont je ne savais rien à part des chiffres (taux d’hormones dans le sang, temps de grossesse, les fameuses deux barres !). Mais mon compagnon vivait à 900 km de moi, je m’occupais de ma grand-mère, je n’avais pas d’emploi, bref’ ce qui n’est pas conseillé pour élever un enfant. J’en ai parlé avec ma sœur qui elle avait déjà avorté une fois. Elle me disait que l’avortement ça ne fait pas mal, qu’on oublie vite, que je n’y penserais plus et que « quel que soit ma décision la famille sera là ». Je pleurais. Beaucoup. Pas à cause des hormones, mais à l’idée de devoir « tuer » ce petit être. Puis vint l’échographie de contrôle. Le médecin savait que je n’allais pas le garder, et il a fait ce que beaucoup penseront cruel, mais pas moi. Il m’a fait entendre le cœur sans que je ne demande rien. Je ne lui ai même pas demandé ce que c’était. Je savais. Je lui ai demandé pourquoi il faisait ça, il m’a répondu qu’on moins je serais sûr de ce que j’allais faire. Il avait raison, même si cela fut cruel, mais au moins je ne me voilais pas la face devant une image en noir et blanc. Je continuai à pleurer. Au fond, je le sais maintenant, j’aurais aimé garder ce bébé, pas à cause de son papa, pas à cause de moi, mais à cause de lui. J'étais folle amoureuse de ce petit être que je ne connaissais pas. J’allai donc au premier rendez-vous, celui où l’on prend le premier médicament pour stopper la grossesse. Je me souviens encore qu’une heure avant j'étais dans un café en train de boire un chocolat en écrivant sur un petit carnet : je vais tuer mon bébé. Quelle mère pourrais-je être après ça ? J’ai mis du temps à prendre les comprimés. J’ai pleuré, pleuré encore pleuré, et j’ai avalé le tout et parti presque en courant de la pièce. J'étais agar comme on dit. Ca y est c’était fait.

Le surlendemain, je devais aller à l’hôpital pour l’expulsion. Je suis arrivée le matin. J’ai pris de nouveaux comprimés qui allaient provoquer des contractions afin d’évacuer l’embryon. L’infirmière m’avait expliqué que je pouvais avoir des nausées et de la prévenir pour qu'elle me donne quelque chose contre. Mais une heure après : rien. Elle part quand même chercher un anti nausées au cas où. Quand elle est revenue j'étais en train de vomir tout ce que je savais dans le lavabo. Elle alla chercher une perfusion pour que cela aille plus vite. Quand elle arriva, j'étais étendu par terre à côté de la toilette ou j’avais aussi vomi. Elle appela une collègue pour me mettre sur le lit et c’est là que les douleurs sont arrivées. Je mettais des coups de pied dans le lit, gémissais. Elle rata 5 fois la perfusion de morphine, qui devait me soulager. Mais le soulagement vient à la 3 eme dose. Je restai la journée la bas, et je ne commençai à saigner que vers 16h/16h30. En rentrant chez moi j'étais trop ailleurs pour me rendre compte. Et voilà ce que j’ai fait pendant plus de 6 mois : L’AUTRUCHE. Je ne pleurais plus, n’en parlais pas. Peut-être penserez-vous que c’est mieux. Sauf que ça s’accumulait a l’intérieur. C’est lors de ma visite chez ma belle-famille que j’ai craqué. J’en étais malade (douleurs au ventre surtout). Mon compagnon c’est alors rendu compte de la supercherie et ça ne lui a pas plus. Il ne comprenait pas pourquoi je n’avais rien dit car lui aussi souffrait mais il pensait que vu que je tenais bon, il le devait aussi. C’est la première fois que l’on s’est trouvé par terre à pleurer ensemble sur cet enfant que l’on n’aurait jamais. Et croyez-moi, beaucoup de ce genre de scènes ont suivi.


Après la première IVG, j’ai mis un implant contraceptif car c’est plus « haut » en hormone. Je ne vous le conseille pas. En deux ans j’ai pris plus de 10 kilos, et vers la fin j'étais quasiment folle ! J’ai même failli agresser une fille dans la rue parce que je n’aimais pas sa voix. Je l’ai donc fait retirer et je suis retournée à une pilule. Un mois après j'étais enceinte. Et là je me suis « ho ho ! ca suffit la ! » Et en discutant avec un médecin il m’a expliqué qu’ il y a des gens sur qui les hormones ne marchent pas, et que c’était mon cas (en parlant avec mon père, il me révéla que ma mère avait eu ses grossesses -5- sous contraceptif). Et là se posa la question fatidique : est-ce qu’on le garde ? Car oui, étrangement la question ‘est venu automatiquement. En faisant des recherches je me suis retrouvé dans les articles parlant d’autopunition. Pourquoi le garderais-je alors que c’est si facile une IVG ? Et puis je suis déjà une mauvaise mère ! J’ai tué mon premier bébé ! (c’était une réflexion inconsciente, latente, dans son jardin secret). Ce n’était pas tellement le moment j’allais rentrer à la fac. Mon compagnon risquait de partir pendant 4 mois loin de moi. Mais ça encore c’est surmontable, ce qui l’est moins c’est les finances. Je suis alors allé voir un assistant social au CCAS qui m’a dit ceci : « vous pensez quoi ! Vous n’aurez droit à rien ! 160 euros par mois à la naissance et c’est tout comme tout le monde ». Il a surement du me prendre pour une inconsciente. Je suis sortie en expliquant à mon compagnon (qui lui aussi se renseigner) que non on n’aurait pas d’aide. Les même scènes, pleurant, se disant « non je ne veux pas repasser par la » revenait. Mais je le faisais pour l’enfant pas pour moi. Moi je savais que j’allais souffrir autant physiquement que mentalement. Mon compagnon m’accompagna (la première fois il ne pouvait pas), il est venu à l’échographie, au prise de médicaments, a « l’expulsion ». Il resta un peu distant tout en prenant soin de moi (il a nettoyé tout ce que je vomissais, me soutenais pendant la longue période de douleur, m’aida à marcher etc.). Et je suis tombé, excusez-moi du terme, mais sur un hôpital de m****. Aucune prise en charge, on vous laisse dans une chambre. L’infirmière vous dit qu’il faut apprendre à gérer sa douleur, le médecin dit que vous n'avez qu’à souffrir en silence comme les autres et si vous êtes pas contente, il vous fait deux piqures dans le vagin et un curetage ( ce sont ses mots). Je suis parti ayant toujours mal, et je suis restée trois jours comme ça. C’était en 2012…. On est en 2013…

Ce que je peux vous dire, c’est que c’est tout sauf anodin. Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à mes deux bébés. Il n’y pas un jour où je ne les pleure pas. Je ne suis pas contre l’avortement, mais les plaquettes médicales ou les « autres », ne disent pas tout. Ils ne parlent pas de la douleur atroce, violente. De la lourdeur psychologique (j’ai toujours refusé IVG par aspiration car je ne veux pas que l’on me mette une pipette dans l’utérus pour aspirer mon bébé, là c’est trop !). Cela vous suivra toute votre vie, vous poussera à vous poser des questions sur vous, sur la mère que vous serez, sur vos prochaines grossesses. Je conseille aussi d’aller voir un psy après. Mon psy c’était mon homme et j'étais le sien. Lui aussi l’a mal vécu, il ne faut pas croire que cela ne concerne que la femme. Évidement c’est vous qui allez le porter, le mettre au monde, donc vous décidez mais cela n’empêche pas le papa de souffrir. Pour être honnête là où j’ai commencé à aller mieux fut le jour où mon homme me souhaita la fête des mères. Je lui ai dit que je n’étais pas mère, je suis tombé enceinte mais je ne suis pas mère. Cela m’a permis un certain détachement. Mais en me relisant, je vois à quel point j'étais – et je suis encore en partie- affectée. Certain penseront que j’ai besoin d’une bonne thérapie, que je suis peut être « folle » mais croyez-moi, vous ne serai plus la même après. Une blessure sera en vous et, comme tout deuil, on ne s’en remet jamais complément, car ce n’est rien d’autre que ça : un deuil vécu et ressenti en direct.