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causes des ivg

L'avortement aujourd'hui


Le nombre d’avortements ne cesse de croître en France, mais quel est l’impact psychologique de l’avortement aujourd'hui auprès de toutes les personnes impliquées dans cette pratique ?

stephanie 39 ans, ivg il a un an


Stéphanie,  J’ai  39 ans, Maman d'une fille de 5 ans, j'étais comblée. Je voulais tout de  même en avoir un deuxième. (J’ai mis 3 ans pour être enceinte de ma fille)   A 37 ans, pas de 2ème grossesse et j'en avais fait le deuil. J'avais trouvé  mon équilibre (je ne prenais pas de contraception). Tout allait bien. Et quelle ne fut pas ma surprise d'être enceinte  !  Beaucoup de mal à y  croire. J'ai fait la prise de sang au bout de 2 semaines de retard, tellement que je n'y croyais pas. Mais  mon corps changeait. j'étais fatiguée, étourdie, susceptible, émotive. Je commençais à regarder depuis 1 semaine les démarches pour une ivg...Quand j'ai vu le résultat du test, j'étais très contente, et puis 2 heures après  ma décision était prise : je ne pouvais pas continuer. Rien que de voir mon  âge sur la feuille de prise de sang...38 ans. A terme : 39 ans. Pour moi, cela faisait si tard… Mes raisons d'arrêter ont pris grandement le dessus. Mon concubin a accepté ma décision, mais l'a très, très mal vécu. Il aurait voulu que je continue la grossesse. Je suis allée jusqu'au bout de ma démarche (égoïstement ?) … à 11 semaines et 6 jours (le temps de réfléchir et de "savourer" les joies du 1er trimestre) . Puis, je me suis réveillée de  l'intervention. La veille, je me tenais comme une femme enceinte, j'avais pris du ventre. Une collègue, sans trop de tact, m'avait demandé si  j'étais enceinte...Je l'ai fait sur un jour de repos. J'aurais du m'arrêter...mais bon, Il fallait  que je m'occupe l'esprit ailleurs que chez moi. Cela fut assez difficile. J'en ai bavé. Et comme par hasard, le sujet de discussion au  boulot le lendemain était les grossesses tardives/surprises... C'était, il y a un peu plus d'un an. Par  moment, j'ai les larmes aux yeux... Je me demande si cela aurait été un garçon ou une fille. Je lui parle, en lui expliquant,  que c'était impossible de le/la garder, que je le vivrais mal, etc.… mais sans conviction car j’aurais pu . 1 an après, j'ai des moments difficiles. Je pense que cela va me suivre  toute ma vie… Il y aura des moments où je vais y penser avec un regret plus  ou moins prononcé... J'ai enlevé la vie à un petit être que j'aimais déjà.  Je sais que ma fille aurait été heureuse d’avoir un frère ou une sœur ..Je n'ai pensé qu'à moi...

La dépression clinique suite à un avortement


La dépression clinique suite à un avortement
 
Le prestigieux ‘British Medical Journal’ du 18 janvier 2002 a reconnu que les femmes courent un risque plus important de souffrir d’une longue dépression clinique suite à un avortement lors d'une première grossesse par rapport à celles qui ont poursuivi leur première grossesse jusqu’au terme.

Caroline 36 ans , ivg 2 mois


j'ai 36 ans et suis mariée depuis 13 ans, j'ai 2 enfants et une vie stable et confortable. Pourtant, il y a 2 mois, j'ai avorté. Ce que j'avais la sensation de bien faire pour 2 enfants, je me sentais incapable de le faire pour 3. Par égoïsme mais aussi par conscience, j'ai décidé de protéger ce que j'avais construit, de me donner le droit de vivre ma vie de femme et de professionnelle.

Pourtant, si toutes ces raisons rationnelles avancées sont réelles et sérieuses, elles n'en demeurent pas moins une justification et un déni de ma détresse. Le sentiment d'avoir fait un acte contre-nature, le regret de cet enfant qui ne verra jamais le jour, la certitude de ne pas avoir remplis mon rôle de mère protectrice et nourricière m'assaillent et me plongent dans une situation absurde et destructrice.  13 ans d'union, 13 ans de fidélité, d'écoute et de bienveillance dans notre couple qui sont en train de partir en fumée. Il y a un mois, j'ai commencé à céder aux sollicitations d'un jeune homme charmant avec qui je n'ai rien à faire. Il me rappelle que je suis une femme désirable, il me fait oublier l'inacceptable.
C'est paradoxal car une des raisons majeures de mon choix d'avorter était de préserver l’équilibre de la famille; équilibre que je mets à présent en péril à cause d'une obsession sordide. Je n'aime pas cet homme, je le désire, mais je n'ai aucun sentiment amoureux, et pourtant, il m’obsède, je fuis ma responsabilité et j'ai la sensation que cela fait suite au stress post traumatique de l’ivg. Avec lui, je me découvre désinhibée, explorant une facette trash des rapports sexués.

Je souhaitais témoigner pour 2 raisons : faire sortir par le partage une honte et une certaine culpabilité que je vis difficilement, mettre en garde d'autres femmes de ce retour de bâton, de cet instinct primal de vie et de chair, qui j'en suis sûre concerne d'autres femmes. Un avortement peut être profondément assumé et relativement bien vécus psychologiquement, mais il peut aussi être la base d'un processus traumatique impactant toute une vie. J'ai l'habitude de prendre beaucoup de recul, mon récit vous parait donc probablement froid et analytique, mais croyez-moi, c'est un tsunami dans ma tête, et à l'heure actuelle, je n'imagine plus l'avenir.   

anonyme 38 ans, 5 IVG


J'ai 38 ans et souhaite témoigner anonymement. Je suis dans la salle d'attente de la clinique, salle d'attente qui fait office d'hall.

- Vous êtes enceinte ? me dit une voisine

- "Oh non pour moi c'est fini les enfants. J'en ai déjà cinq."

Le ton est détaché. Je m'entends parler comme un robot. Je souris.

- "Et vous , c'est pour quand ?" dis-je

- "juillet".

-"Vous allez voir : ça va vite passer".

Il n'y a que des femmes au gros ventre. Elles sont parfois accompagnées.On lit leur bonheur dans les yeux. un bonheur partagé. Ils sont deux.Je suis seule.Le médecin a plus de deux heures de retard. En deux heures on a le temps de se poser beaucoup de questions. Est-ce le bon choix ? On a le temps de voir le bonheur et de cacher sa tristesse. Prendre un air détaché.

On a le temps de mesurer son malheur en regardant la joie des autres. Ils se tiennent la main. Elle caresse son ventre. Ils se parlent. ils rient, se sourient. Ils sont deux. Ils savourent leur bonheur.Deux heures trente de retard. Je voudrais ne pas être là et fuire. Que cela ne soit jamais arrivé.Je voudrais être trois. Je suis seule dans ce hall lugubre. Les futures mamans partagent leurs questions. Moi , je ne suis pas préssée, je ne suis "plus" enceinte et d'un air détaché, je m'envole dans mes pensées :

"Je serais toujours avec toi. Mon petit cœur. Je fais cela pour toi. J'ai si peur de ne pas y arriver toute seule. J'ai si peur de ne pas être la mère qu'il te faut. J'ai si peur et je me pose mille questions. Dieu, que les hommes sont lâches ...Dieu, pardonne moi. Mon petit cœur, pardonne moi. Tu seras avec Adèle, Émile et Bella. Parfois, souvent, tout le temps je penserai à toi. Mille larmes couleront sur mes joues et mes yeux rougis regarderont le ciel, cherchant un signe, une réponse, un pardon. Un jour je vous rejoindrai. Nous serons tous réunis pour toujours et nul ne nous séparera. Plus personne ne choisira pour nous. Je pourrais enfin faire votre connaissance, vous dire pour de vrai : pardon. Je ne vous chercherai plus parmi les étoiles.

Trois heures de retard. J'entre dans le cabinet. Je ne peux retenir mes larmes.

Pardon petit cœur ... Pardon ...Un jour, je te promets que je t'expliquerai. Je te dirai ma vie. Je te dirai combien j'ai eu peur de ne pas y arriver, de ne pas être une bonne maman. Un jour, je te dirai que je n'ai pas eu le temps de penser. C'est comme si j'avais été happée dans un tourbillon noir avec la peur de ne pas savoir t'éduquer, t'élever, payer ta nourriture et t'offrir un univers plein de promesses. Tu sais, petit cœur , les hommes sont lâches . Ce soir, je te parle beaucoup. Je voudrais que tu soies avec moi. Je voudrais t'attendre. Je voudrais que nous soyons trois. Pardon pour ma lâcheté. Je suis punie pour le reste de ma vie.J’attendrai, j'espère que tu me pardonneras quand on se retrouvera. Adèle, Émile, Bella et toi petit cœur êtes ensemble. Je voudrais vous rejoindre, vous expliquer et vous demander pardon d'avoir été aussi lâche .

Je ne supporte plus la vision d'une femme enceinte. je ne supporte plus la vision d'un bébé. J'ai mal depuis tout ce temps. À chaque fois j'y ai cru. À chaque fois « les géniteurs » ont niés ce que vous étiez pour moi. À chaque fois, j'ai eu peur. Je pleure depuis ce temps. 

Depuis toi, Adèle. J'ai tout fait pour te sauver. Tout. Tout. Mais il a prit rdv au planning et le lendemain je passais au bloc. Émile, j'ai fais ce que j'ai pu. J'ai essayé, j'ai fais de mon mieux. Ton géniteur me demandait combien coûtait un landau. Sa mère me disait : "il aura peut être les yeux bleus". C'était tellement irréel que le géniteur changea d’avis. Il reprit rdv pour moi. Mes supplications n'y changèrent rien. Tu fus « enterré » dans le pot de fleur de la terrasse. Bella, ton géniteur est parti un jour en disant que « je n'étais pas enceinte. Que c'était faux ». Je lui montrais l'échographie. On y voyait une petite boule. Un petit cœur. Il ne me croyait pas. J'étais une menteuse. Il partit sur le champ trouver une autre conquête. Tu es dans mon jardin. Toi, petit cœur, ton géniteur parlait de toi en disant " ce qui s'est passé", il a fuit toute discussion et tout dialogue en me disant :" je sais que tu vas avorter, tu as vu ta vie, etc." Mes petits jamais nés ... Mes petits ... Mes enfants ... Je n'ai jamais oublié aucune date. Celle où vous êtes partis et celles où vous m'auriez rejoins, celles où nous devions nous dire bonjour.

J'attends le jour où nous nous retrouverons.

Celles qui disent « que cela passe avec le temps » se trompent. Non ce n'est pas vrai. Le temps ne suture pas une blessure. Le temps passe et chaque jour ici bas me rapproche de vous.

À jamais dans mon cœur. Adèle, Émile , Bella , petit cœur Paul .

 

isabelle 40 ans


Pour toutes celles qui hésitent,  je souhaiterais  vous encourager à bien réfléchir pour envisager l’option de garder votre bébé. J’ai subi un IVG a 28 ans en 2001. Mon "ami" de l’époque ne voulait pas entendre parler d’un bébé (c’était un « accident »…).  Depuis, il n’y a pas un jour où je regrette de l’avoir fait. À l époque, j’avais déjà un petit garçon de 3 ans d’une première relation que j’élevais seule. Élevant déjà cet enfant seul et même si je travaillais, je  me suis laissé convaincre par le père que c’était la meilleure solution.  Depuis, j ai refait ma vie et j’ai eu à nouveau un petit garçon mais cela n’enlève rien. Je me reproche toujours d’avoir tué mon bébé et cela m’affecte beaucoup dans ma vie. J’ai des  regrets comme « c’était une fille ? un garçon ? » et  toutes les questions qui vont avec. Cela  me ronge de l’intérieur et surtout j’ai  tué mon bébé et ça je ne me le pardonne pas. Alors, malgré les difficultés, les mauvaises langues et tout ce que l’on peut vous dire et penser : gardez votre bébé ! De plus, les pères bien souvent, ne comprennent pas ce que l’on  peut ressentir. Ce qu’ils souhaitent après tout c’est d être tranquille. et qu’on ne vienne pas bousculer leurs petites vies. Pensez aussi à vous, car eux oublieront très vite. Mais nous ça nous colle à la peau toute notre vie. J’ai 40 ans maintenant et le temps n’efface rien à la douleur et à la  culpabilité.

Laure


Bonjour,
 
Cela fait bientôt huit mois que j'ai eu recours à une IVG médicamenteuse. Le terme de ma grossesse était prévu pour le mois de février 2011. Au mois de juin 2010, quand j'ai pris conscience que je pouvais être enceinte, j'ai pris cela avec assez de légèreté, c'était comme si cela était improbable. On en rigolait un peu avec mon copain. Je vis à l'étranger, en Afrique, plus précisément à Sao Tomé et Principe, une petite île du Golfe de Guinée. J'ai rencontré mon copain ici, il est saotoméen. Nous étions ensemble depuis 4 mois quand je suis tombé enceinte.
Voyant que mes règles n'arrivaient vraiment pas, j'ai commencé à stressé... et quand j'ai fait mon premier test, j'ai cru qu'il était négatif. Mon copain m'a dit que non, les deux traits étaient bel et bien là, mais je crois que j'étais dans le déni (les deux traits étaient là, mais ils n'étaient pas rouge tous les deux !!). Il m'a fallu aller chez le médecin pour poser des questions pour prendre conscience et accepter que j'étais enceinte.
 
Sans vouloir faire une analyse psychologique de moi-même, du haut de mes 27 ans (à l'époque), je me voyais encore « comme une enfant ». Même si je travaille, paye mes impôts et suis très adulte sur certains points, je suis un peu moins adulte sur d'autres aspects, surtout du point de vue de ma vie personnelle.
Avant d'être véritablement confrontée à cette situation, je me suis toujours dit que si je tombais enceinte et que ce n'était pas prévu ou que je n'étais en "condition" pour avoir un bébé, j'avorterais. C'était comme une évidence. Mais en réalité, ça a été la décision la plus difficile de ma vie.
En allant sur des forums, je me suis rendu compte que beaucoup de femmes vivaient mal leur avortement parce qu'elles se sentaient obligées de le faire, en général parce que leur partenaire ne voulait pas du bébé ou par pression de leur entourage.

Pour ma part, ce n'est pas le cas. Mon copain, en un sens, aurait bien voulu de ce bébé. Il m'a dit "c'est à toi de décider mais quoi que tu décides, je suis là". Et j'ai été tiraillée pour plusieurs raisons :
- pour des questions matérielles... je suis volontaire dans un pays africain, je gagne 900 euros par mois, je n'ai en quelques sortes aucune "stabilité" et pas beaucoup de moyens financiers. Mon contrat de travail dure jusqu'en janvier 2012 et j'ai strictement aucune idée de ce que je vais faire après;
- pour des raisons personnelles... je ne connaissais mon copain que depuis 4 mois... Impossible de savoir ce qu'il allait advenir de nous, d'autant plus que nous sommes un couple "multi-culturel", ce qui demande, à mon sens, de l'adaptation et nous étions encore dans une phase de découverte l'un de l'autre;
- cet aspect culturel me faisait m'interroger pour une autre raison aussi... car nous n'avons pas du tout la même conception de la maternité et de la paternité. Ici à Sao Tomé, les gens ont des enfants, beaucoup d'enfants, très jeunes et ils ne sont pas nécessairement élevés par leurs parents et les pères ne sont pas impliqués dans la vie de leurs enfants comme c'est souvent le cas en Europe (ou du moins comme moi, je l'envisage). Et même si mon copain est très européanisé en un sens, je ne me sentais sûre de rien.
10 jours après avoir découvert que j'étais enceinte, je suis rentrée en France pour des vacances. Je n'avais encore pris aucune décision, je m'en sentais incapable. J'ai pris quelques jours pour réfléchir, j'en ai parlé un peu autour de moi. Même si j'étais incapable de me décider véritablement, ma raison me disait que l'IVG était la chose à faire. J'ai donc pris rdv, j'en avais besoin, je voulais rencontrer un médecin, un psy pour en parler concrètement. J'ai pleuré beaucoup, j'ai parlé de tous mes doutes à la psy de l'hôpital, je l'ai revue au cours de la semaine de réflexion. Et je pense que cela m'a aidé, à éclaircir mes idées tout du moins.

J'ai décidé d'avorter. Mon copain n'était pas avec moi, mais il m'a supporté à sa façon, même si au fond de lui, je crois qu'il aurait aimé avoir cet enfant.
Après coup, je me suis sentie soulagée, triste, mais soulagée. Je suis restée un peu en France puis suis repartie à Sao Tomé. Je me sentais fragile mais pas mal. Mais en revenant ici, j'ai eu l'impression de devoir gérer plein de choses dans ma vie n'ayant rien à voir avec mon IVG mais des choses que je trouvais futiles et sans importance. Face à ça, je me suis un peu coupée de mon entourage "local" et me suis enfermée dans ma relation avec mon copain, car j'avais l'impression que c'était la seule chose qui pouvait me rassurer. Je me suis enfermée dans cette relation jusqu'à m'oublier je crois.
Le fait est que j'ai beaucoup repensé à cet IVG et j'y pense encore. J'ai l'impression que ca m'a réveillée en tant que femme pouvant être mère et je suis restée obsédée par l'idée d'être enceinte à nouveau pendant longtemps. Je ne regrette pas cet IVG, mais j'en suis tout de même triste, sans vraiment parvenir à définir le pourquoi du comment.
Aujourd'hui, je me rends compte que je n'ai presque jamais reparlé de cet IVG, à part avec mon copain quelque fois. Tous les gens, parents et amis, qui étaient là pour moi avant et pendant cette épreuve, ne m'en ont jamais reparlé. Personne ne m'a jamais demandé ce que je ressentais ou comment je gérais cela. Et moi, qui ne suis pas une personne qui parle facilement (mais j'écris beaucoup plus facilement), je n'en ai jamais parlé spontanément.
 
J'ai souvent faire des recherches sur internet sur les envies d'être enceinte à nouveau après une IVG, mais je ne suis quasiment jamais retrouvée dans les témoignages que j'ai pu lire. Et aujourd'hui, en refaisant des recherches, je découvre ce concept de "syndrome post-IVG". Cela me parle et je me demande : "est-cela que je traverse ?". Alors je vous écris, parce que je me sens bien seule face à tout ça et que je ne sais pas comment faire pour en parler parce que je suis loin et à l'étranger... Je ne sais pas bien ce que j'attends de ce contact, peut-être juste un échange... merci d'avance
 

 

 

Sabrina


Sabrina : Je suis maman d'une petite merveille de 19 mois qui, je pensais, me délivrerait de ce cauchemar. C’était sans compter sur la cruauté de la vie et sur cette information massive et banalisée sur l'IVG qui me hante toujours. Il y a maintenant 9 ans que j'ai rencontré le père de ma fille. Nous étions jeunes. D'origine Algérienne, j'avais de fortes convictions et considérais que la virginité se préservait pour la nuit de noce. Mais j’étais amoureuse pour la première fois et un peu dépassée par mes sentiments. De peur qu'il ne me laisse tomber pour une autre ou qu'il ne me trompe, j'ai fini par me donner à lui. J'étais contre la contraception car je considérais que si j'étais prête à avoir des relations sexuelles, j'étais également prête à fonder un foyer. Lui, rechignait et ne s'inquiétait pas plus des conséquences. Alors, voilà, il n'a pas fallu plus de deux mois pour que cela arrive.
 
Interne dans un  lycée que je venais d'intégrer en prépa et où je ne connaissais personne, j'ai eu un retard de règle. Inconcevable, puisque j’étais réglée comme une horloge. Je me sentais DIFFERENTE. Je m'en doutais, mais je me le cachais. Donc, dans cette ville inconnue, un mercredi après midi, je me rends à pied jusqu'au planning familial. On me fait un entretien et une prise de sang. La personne que j'avais rencontrée me laisse un message le lendemain matin en me demandant de la recontacter. Effectivement, le test était positif. Un grand vide m'envahit. Moi, la fille forte, la confidente et la moralisatrice, je sortais jusque là mes amies de la panade.  Mais ici mon assurance s'écroulait. Quand j'appelle mes amies elles me disent que je dois avorter  et prévenir le père.
 
Le week-end arrive, je le vois enfin. Quand il me demande ce que je compte faire, ma bouche laisse échapper à mon insu "Avorter …". De là, les semaines passent comme si de rien n'était. Les vacances de Noel approchent et mes symptômes sont de plus en plus flagrants. Mes colocataires se doutent de mon état puisque j'ai des nausées et que ma poitrine gonfle. Alors je commence à en parler. Les témoignages d'avortement sont nombreux.

Un jour, je ne sais pas pourquoi,  j'appelle ma mère et lui avoue tout. Elle, qui pensait sa fille pure,  mais surtout responsable, tombe de haut et m'en veut terriblement. Au fond de moi,  j'aurais voulu qu'elle m'aide et me soutienne. Mais je dit oui quand elle me parle d’avortement. Elle m'a élevé seule, elle doit savoir mieux que moi. Donc, le rdv est pris en Janvier 2003. L'entretien s'est fait mais je n’étais pas l'interlocutrice principale. C'est à ma mère que la psy s'adressait. Rencontre avec le gynécologue. Je ne parle toujours pas. Comme si je n’étais pas concernée. L'échographie est un choc terrible car mon bébé est formé. Un torrent de larmes m'envahit. RDV dans 7 jours.

Je rentre mercredi après midi à la maternité pour y passer la nuit. Les pleurs des nouveaux nés comme berceuse ! Un moment de lucidité me fait appeler le père pour le supplier en larme de le garder. Mais rien n'y fait. Là c'est la prise de conscience. Je pleure et pleure. Je ne veux pas le faire. Jusque là, je n'ai pas affirmé mon choix.

Jeudi matin, on vient me chercher pour aller au bloc. Toujours seule je suis obéissante, disciplinée. Il me semble que juste avant que l'on m'endorme, j'ai crié « NON JE NE VEUX PAS ! »
Dans un tourbillon, je me réveille en larmes. Je crois que j'ai pleuré avant de me réveiller. Il y a une femme à côté de moi, une arabe comme moi, elle me demande ce que j'ai. Encore groggy, je lui dis ce que je viens de faire. Très douce, elle me rassure et me dit que sa fille aussi est passée par là. Alors, si tout le monde fait  «ça» !

Ma mère me récupère et là l'ombre de ma vie commence.
 

veronique


Je m’appelle Véronique. Je prenais la pilule non pas comme moyen de contraception, mais comme traitement car depuis 3 ans les médecins disaient que je ne pourrais plus avoir d'enfant...Aussi les nausées et la fatigue ne m’ont absolument pas mis sur la piste d'une grossesse. Je commence à me poser des questions,  mes seins gonflent et me font mal...
 
Je décide d'en parler a une amie qui me dit d’acheter un test. Il était positif mais je n’arrivais pas à y croire et tombe presque dans les pommes. J'appele mon fiancé avec qui je suis depuis deux ans. Il n’y croyait pas et me dis d'en parler le soir. Le soir, il me fait part de ses inquiétudes et de ses peurs d’avoir un enfant, mais jamais il m’a parlé d’avortement. Je vais voir mon gygy qui me suit depuis des années car je ne savais pas de combien de temps pouvait dater la grossesse. Mon ami était avec moi, mais il n’a pas voulu entrer, il ne voulait pas voir la réalité... J’ai vu mon bébé, 7 semaines, j’ai entendu son cœur, et mon gygy m’a dit que mon utérus, mes trompes et tout le reste était redevenu « normal » surement grâce à cette grossesse... C’était un peu le  "bébé médicament  qui a guéri sa maman" a-t-dit.
 
Et là tout s’est décidé très vite ... J’ai pris la décision de ne pas le garder. Je savais qu’il aurait accepté l’enfant, qu’il l’aurait élevé et aimé mais je sentais qu’il n’était pas prêt... Mon fiancé était triste. J’ai rêvé, je rêve d’un enfant totalement voulu, pour lui annoncer et qu’il saute de joie et qu’il pleure de bonheur...
Mon choix était pris, 2 jours plus tard, je retrais à l'hôpital. On lui disait « au revoir », le cœur gros, mais sûr de nous… Vous devez me prendre pour un monstre, mais je vous écris mon histoire pour essayer de me faire comprendre.  J’y pense tous les jours et j’y penserai tous les jours que je vivrai. Mais, je ne suis pas sûr d’avoir fait un mauvais choix car un enfant, se fait à deux et ne doit pas être une contrainte pour aucun des deux parents...
 
L’avenir le dira. Aujourd’hui, avec mon fiancé, on fait des projets et on pense qu’on pourra fonder une famille...