emilie

Bonjour, je m'appelle Émilie, j'ai 21 ans. Je suis tombé enceinte fin 2008.
Mon ami est quelqu'un de bien. Il était avec moi à attendre la réponse du test de grossesse. Quand j'ai vu que j'étais enceinte, j'ai fondu en larmes dans ses bras, ayant peur de ce qui allait nous arriver. Au début, après discussion, nous avions décidé de le garder. J'étais encore à l'université mais peu importe, pour moi avorter m'était impossible. Si je le faisais, je savais que j'allais le regretter toute ma vie. Je me rappelle de notre balade dans les rues après avoir pris cette belle décision. J'avais la trouille mais j'étais heureuse. Je me voyais déjà avec ce gros ventre.
J'en ai parlé à ma mère, qui m'a comprise. Elle m'a dit que peu importe la décision, elle me soutiendrait. Lorsqu'il est retourné chez lui (nous habitions chez nos parents), il en a parlé à sa mère. D'après ce qu'il m'a dit, elle a hurlé et hurlé encore. J'imagine qu'elle nous a pris pour des irresponsables. Il m'a appelé le soir et m'a dit que sa mère n'était pas d'accord ... Nous étions en pleurs tous les deux au téléphone. Et là, j'ai changé d'avis. Pourquoi? Pour éviter la colère de sa mère? Parce que je pensais que c'était la meilleure solution? Parce que le bébé arriverait avec ses parents sans travail et lui auraient offert une vie indigne de ce nom?
J'ai décidé d'avorter.
Noël est arrivé, j'ai vu ma cousine enceinte de 7 mois. Je me suis tu tout le long du repas. Je n'avais qu'une seule envie, de me cacher sous la table pour pleurer.
J'ai été chez le médecin en pleurs. Je me suis retenue chez le gynéco, détournant la tête de l'ordinateur pour ne rien voir. Je suis allée à l'hôpital. Le rendez-vous a été pris le 15 janvier 2009. Je n'ai pas pleuré une seule fois, au contraire.  J'étais presque détendue. Je m'en souviens comme si c'était hier. Toute la journée qui a suivi, j'ai dormi. Je me sentais légère.
Mais je n'ai pas tardé à aller mal. J'ai fait des rêves bizarres. Je me souviens de m'être réveillée une fois en me rappelant d'une sensation de chaleur qui m'enveloppait. Je ne tardais pas à me souvenir de cette couverture chauffante qu'on nous mettait  pendant l'opération. J'ai rêvé que je kidnappais une petite fille, qui s'appelait Rose (le prénom que j'avais choisi pour une fille).
Plus les semaines avançaient, plus je me sentais mal. Et aujourd'hui encore, je regrette mon geste. Pour moi, j'ai tué mon bébé, la chair de ma chair. Peu importe ce que certains disent, que ce n'est qu'un « amas de cellules », que ça n'avait encore que la taille d'un haricot ... C'était mon bébé.
Aujourd'hui, je suis seule. Je me suis séparée de mon ami il y a quelques semaines parce que je ne voulais plus qu'il me touche. A cause de mon geste, je me refuse d'être avec l'homme que j'aimais. Il faut que je « règle » mon traumatisme avant de retourner avec lui. Pour que nous avancions tous les deux.
Il y a des périodes où ça va, où je suis tellement prise par mes études et mon travail que je n'ai pas le temps de penser. Mais souvent, la réalité me rattrape. Je vois des bébés partout. Dans les magasins, je regarde toujours les vêtements pour bébé et bambin. Je « tilte » à chaque fois que j'entends le mot "enceinte". Je pleure à la télé lorsque je vois des mères avec leur bébé tout juste né. Je pleure aussi le soir, lorsque je me retrouve seule à ressasser ces maudits souvenirs que je n'oublierais jamais et à murmurer "j'ai tué mon bébé".
Je ne sais pas comment m'en sortir. Je suis tellement triste que ça me bouffe. J'ai envie d'être heureuse mais puis-je l'être après ce que j'ai fait?  J'attends. Je sais qu'il faut que j'en parle. Mais à qui?  Déjà rien que poser ces quelques mots ici sur votre site me fait du bien. Merci à celles qui s'occupent de ce site et nous donnent une « tribune » .