Je peux apporter mon témoignage sur le vécu de mon IVG. J’aurais aimé découvrir votre site quand j’étais dans cette situation... J’avais 19 ans, 1ere année de faculté de Droit, J’étais en train de me séparer du garçon avec qui j’étais depuis 4 ans. Une séparation "compliquée" car nous ne pouvions plus être ensemble, mais nous n’arrivions pas à nous séparer et on ne cessait pas de se revoir ! Le 30 Novembre après un mois de retard de règle, je me décide enfin à faire un test de grossesse seule chez moi. Je repoussais l'échéance, je sentais bien « quelque chose » en moi. Je ne voulais simplement pas l'admettre. Je me rappelle de tout comme si c'était hier.
Je fais le test et je le pose le temps des 3 min. J'oublie presque de regarder le résultat, en me disant que ce genre de chose « n'arrive qu’aux autres » ! Le verdict tombe : test positif. Je ne réalise pas. Mes pensées vont dans tous les sens et je pleure en souriant. Une sensation étrange m'envahie comme une espérance. Le soir même je vois le papa, je le lui annonce. Il a du mal à y croire, l'effet de "surprise" passé, il me prend dans ses bras et me dit « on le garde, on va l’élever ensemble, on va être heureux etc.. ». Je rentre chez moi avec des rêves plein la tête. L’euphorie a duré 24h.
Le lendemain, son comportement à changé radicalement. Il ne parle que d’avortement et d'avenir gâché. Il ne me reste plus beaucoup de temps. Je suis déjà enceinte de 8 semaines, deux de mes amies sont au courant, et elles ont le même discours "je vais gâcher ma vie, celle de mon bébé, le bel avenir qui m'attend" etc… Le papa se fait de plus en froid, distant. Il ne me parle que d’avortement. Je suis psychologiquement atteinte. Ma détermination s’affaiblit de jour en jour. Je vais à mes rendez-vous. Je tombe sur le « mauvais » Dr X , qui ne me parle uniquement que d'avortement, et qui ne me propose aucune alternative en tant qu'éventuelle future maman célibataire. Parce que c'est ce que j’aurais été si je l’avais gardé. Le « papa » était très clair là dessus : c'était soit lui, soit le bébé et ne voulait pas en entendre parler. Je ressors de mon rdv avec la date prévue de l’ivg, le 22 Décembre...
La semaine d'attente me parait interminable, je ne fais que pleurer, je suis seule, avec mon hésitation, mes "je le garde"- j’avorte". Je n avais aucun soutient, tous le monde donnait son avis, sans me demander une seule fois le mien. J’étais affaiblie psychologiquement et physiquement, perdue et surtout seule...
Le papa m'a accompagné le matin de l'avortement. Enfin, « accompagné » est un bien grand mot. Il m'a déposé plutôt, devant l’hôpital. Il ne "se sentait pas" de venir…. Il est 7 h du matin. Mes larmes coulent sur mon visage, je ne les contrôle pas et je ne cesse de pleurer jusqu’a ce que l’on vienne me chercher vers les 11h.
L'attente était interminable. J’ai bien pensé partir, mais je ne l’ai pas fait ! J’ai subi cette IVG, par lâcheté, manque de courage. Pourtant ce bébé, je le voulais vraiment, et je ne suis pas du genre à me laisser influencer par les autres. Même 5 ans après, je ne peux toujours pas expliquer ce revirement de situation et mon absence de détermination. Peut-être parce que personne, à aucun moment ne m a dit " oui, c'est possible d’élever un enfant seule à 19ans", Mais je ne me cherche pas d’excuses et j assume le choix que j ai fait.
L’après IVG a été difficile. J'ai beaucoup pleuré, beaucoup regretté et culpabilisé. Chaque date anniversaire est un cauchemar. Je déteste Noël depuis, et toute la période qui précède.
Une année passe, une deuxième, mais la douleur est toujours là. On apprend à vivre avec. On l'apprivoise. Aujourd’hui les regrets et la culpabilité s'estompent un peu. Le temps "fait son travail"...
Aujourd'hui 5 ans après, je me rappelle de tous les détails comme si c'était hier. La douleur est toujours présente. C'est évident, je n'oublierai jamais, C’est une douleur qui fait partie de moi. Il n’y a pas un jour ou je ne pense pas à mon petit ange.
Si j ai appris quelque chose de tout ca, c’est qu'il ne faut pas laisser les autres décider. Parce que ce n'sont pas eux qui devront vivre avec le poids des regrets et de la culpabilité qu'un avortement génère. Déjà, si c'est votre choix, c’est très difficile, alors quand c'est subi… ! En plus notre couple n’a bien sûr pas résisté à cette épreuve.
Aujourd'hui, j’ai 24 ans et j’ai quitté la France. J'ai un super boulot, et une belle carrière qui m’attend. Mais, je n'oublie pas… L’avenir que je construis en ce moment même, est pour mes futurs enfants, c'est en quelque sorte "ma revanche" pour lui, pour cet enfant que je n'aie pas eu. J'ai été maman à 19 ans pendant presque 3 mois. Ce petit ange est et restera dans mon cœur mon 1er enfant. Merci de créer des forums comme celui-ci pour nous exprimer, et qui sait, peut-être même pour aider d'autres jeunes femmes dans ma situation...
Floriane