Bonjour,
Le jeudi 14 septembre 2006, j’ai subi une IVG. Je dis bien subi car cela fut une IVG « forcée ».
C’était l’année de mon bac, mon copain de l’époque était en école militaire pour devenir sous-officier.
J’ai passé une partie des vacances d’été avec mon copain et nous avons eu des rapports, car cela faisait six mois que nous étions ensemble mais je prenais la pilule. Je ne m’inquiétais pas, je pensais à mes vacances, à la rentrée de ma terminale… J’avais remarqué mon retard de règles, mais ayant toujours des règles très irrégulières je n’en parlais pas et de toute façon je ne voulais pas en parler.
Un matin, ma mère me dit que cela faisait un moment que je n’avais pas eu mes règles (elle le sait quand je les ai car je suis vraiment très malade à chaque fois), alors je lui ai dis que c’était surement un retard comme souvent. Elle m’a demandé si je prenais bien ma pilule, je lui ai répondu que oui… Puis quelques jours plus tard, nous sommes rentrés et j’ai passé le week-end chez les parents de mon copain. Je lui ai dis que je m’inquiétais de ne pas avoir mes règles et que je voudrais faire un test de grossesse pour en avoir le cœur net… Nous avons acheté un test et la pharmacienne m’a conseillée d’attendre le lendemain matin… J’attendais mais je n’y arrivais plus … je devais savoir… Dans la soirée je suis allée aux toilettes et je l’ai fait. J’ai patienté… et là au bout d’un moment je vois les deux barres… j’ai fondu en larmes… Je savais que personne ne me laisserai garder mon enfant mais je ne voulais pas avorter… Quand je l’ai dit à mon copain, il l’a bien pris, et m’a dit qu’on ne pouvait pas garder cet enfant… Je ne sais pas si c’est psychologique mais dès que j’ai eu fais le test j’ai « senti » mon enfant… Une sensation indescriptible. J’ai eu des maux de ventres et des nausées le matin. Mon copain prenait la situation à la légère. J’ai fait une prise de sang qui s’est révélée être bien évidemment positive mais je n’arrivais pas à le dire à mes parents… Ma mère l’attendait et je lui ai simplement dit « oui… c’est positif ! » Ce à quoi elle m’a répondu « je le savais ! tu rappelles, Mme L. (ma gynéco) et tu vois pour avorter ! »
Entre temps j’avais rendez-vous chez mon médecin traitant pour autre chose. J’avais des examens sanguins et à leur lecture, il m’a regardé droit dans les yeux et il m’a dit « il y a quelque chose qui ne va pas… » je ne répondais rien. Puis il m’a dit « tu es enceinte ? »… je ne pouvais pas répondre mais ma mère qui était là lui a dit oui et que j’allais avorter. Et puis je me suis mise à lui parler de mes douleurs. Il m’a répondu « c’est soit le début d’une fausse couche, soit l’embryon qui s’accroche. J’espère pour toi Noémie que c’est une fausse couche ! Psychologiquement ce sera moins dur »… En urgence, j’ai vu ma gynécologue qui m’a prescrit l’échographie de datation et aussi pour être sûr que je ne fasse pas une grossesse extra-utérine.
Cette échographie fut une rude épreuve. Celui qui l’a faite m’a dit au final que « mon bébé allait bien » . Et le bruit du cœur… je l’ai toujours en tête. J’ai gardé cette échographie car c’est la seule trace qui reste de mon enfant. Je peux y voir entre autre écrit : « il existe une vésicule vitelline d’aspect normal ainsi qu’un écho embryonnaire de 2 mm, présentant une activité cardiaque régulière à 117 battements par minute » « conclusion : grossesse évolutive intra-utérine estimée à cinq semaines et cinq jours d’aménorrhée doit un début de grossesse échographique datant du 29/07/06 (+5 ou – 5 jours). »
Ma gynécologue m’a proposé l’IVG médicamenteuse, j’ai refusée catégoriquement, je ne voulais pas être consciente ! j’ai donc pris rendez-vous à l’hôpital… le 7 septembre premier entretien, anesthésiste, … devant la dame, j’ai pleuré, je lui disais que je ne voulais pas avorter mais que si je gardais cet enfant mes parents me mettraient à la porte, qu’ils ne me laissaient pas le choix, que je voulais garder mon bébé. Tout ce qu’elle a trouvé à dire c’est « vous voulez un mouchoir ? »
J’éprouve de la rage envers cette dame qui a perçu mon désespoir et surtout mon désir de garder mon bébé et qui ne m’a pas aidé. J’avais repris les cours et seule une amie de l’internat était au courant. Avec elle, je parlais beaucoup…
Je pleurais énormément, mon copain que j’avais chaque jour au téléphone ne m’aidait pas. il me disait « mais ce n’est pas encore un enfant c’est seulement un tas de cellules »… Lorsque le 13 arriva, mon père vint me chercher au lycée.Ma mère avait juste donné un mot « intervention bénigne » . Evidemment le CPE me demanda de quoi il s’agissait je lui ai dis « rien de grave ». Le matin du 14 septembre, j’étais mal, je n’avais pas dormi de la nuit, j’avais beaucoup de nausées.
Mon père m’amena à l’hôpital, je vomis en cours de route… c’était comme si mon bébé comprenait qu’il allait se passer quelque chose… Une fois arrivée, j’eu un appel de mon copain… je sortis pour répondre et je vis le portail qui menait à la route, j’eu l’envie de le franchir et de partir… Oui… mais pour aller où ? Je suis rentrée, nous étions plusieurs femmes.
Il y a eu une petite réunion, puis on nous attribua nos chambres… Une fois seule dans la chambre je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps. Douche à la Bétadine, et j’étais la première à avorter de la matinée. L’anesthésiste essaya de plaisanter avec moi mais je n’en avais pas le cœur.
Celui qui allait pratiquer l’IVG a dit une phrase qui m’a marqué « Lorsque nous serons des gens civilisés, des humains, on arrêtera de juger les personnes qui avortent ».
Et voilà… j’ai été endormie… Réveil en salle de réveil…j’ai mis mes mains au bas de mon ventre et j’ai pleuré… Je me sentais comme une coquille vide.
J’ai eu très mal physiquement, mais le mal moral ne guérirait pas lui. On m’avait enlevé mon enfant… mon bébé… Je voulais pouvoir parler à mon enfant, le porter dans mes bras, m’occuper de lui… Mon bébé je ne pourrais jamais te porter dans mes bras mais je te porte dans mon cœur pour l’éternité.
Je me sens comme une Maman en deuil. J’ai tué mon bébé mais je n’avais personne pour m’aider.
Maintenant mon désir le plus cher qui tourne d’ailleurs à l’obsession est de tomber enceinte.
Les années qui ont suivies n’ont pas été glorieuses… J’ai obtenu mon bac avec mention. Mais 2006 restera l’année de la mort de mon bébé… par la suite j’ai rompu avec mon copain car son manque de soutien, sa froideur vis à vis de l’IVG m’ont éloigné de lui, en fait je ne l’aimais plus à cause de cela.
J’ai fait des tentatives de suicide. Par la suite j’ai rencontré par hasard un couple qui tenait un petit magasin et au fil des mois ils me sont devenus très proche. Lui, Pierre, je le considérais comme un second Papa ! J’arrivais à leur parler de tout alors qu’à la maison il n’y a aucun dialogue.
J’ai réussi il y a deux ans, un concours d’aide soignante.
Lorsque je n’avais pas de moral je savais que dans ce petit magasin j’y trouverai du réconfort.
Mais au mois de Mai, Pierre que j’aimais énormément est décédé d’un malaise cardiaque.
J’ai fais une TS, qui m’a conduite aux urgences… puis j’en ai refais une autre alors en stage en maison de retraite… trop de pression.. trop de tristesse…j’ai craqué… J’ai été hospitalisée en clinique psychiatrique un mois et demi… J’ai repris l’école pour un jour et j’ai abandonné, les cachets me fatiguaient trop..
Mon bébé et Pierre hantaient mes pensées constamment… J’ai été hospitalisée deux autres fois, en clinique psy et en hôpital psychiatrique.
Maintenant je suis en foyer, un centre post-cure psychiatrique pour jeunes adultes de 18 à 30 ans. Mon bébé ne quitte pas mes pensées. Maintenant, j’ai peur de faire un enfant alors que je suis assez malade… Malgré tout oui, je veux un autre enfant ! Je veux fonder ma famille mais personne ne remplacera mon premier enfant, mon ange qu’on m’a enlevé.
Noémie le 18-11-11