Violences conjugales et IVG : un lien trop souvent ignoré
Rédigé par l’équipe d’écoute d’IVG.net
Un fléau sous-estimé
En France, une femme est tuée par son partenaire ou ex-partenaire tous les trois jours ( source : étude nationale sur les morts violentes au sein du couple 2024, ministère de l’Intérieur ) des suites de violences conjugales. Même si la situation s’est timidement améliorée, elle reste un vrai problème de société, encore trop peu abordé. Certes, les gouvernements semble avoir pris conscience de l’enjeu depuis quelques années, mais les violences faites aux femmes restent encore largement sous-signalées.
La violence conjugale fait peur, et souvent, on préfère ne pas en parler. Les victimes, de leur côté, ressentent honte, culpabilité, isolement et n’osent pas dénoncer leur situation. Malgré quelques progrès ces dernières années, il y a une forme de silence médiatique qui contribue à entretenir une forme de complicité passive.
Violences conjugales et IVG : un lien tabou
Au-delà des drames mortels, ce sont aussi les violences invisibles – harcèlement, violences psychologiques ou économiques – qui minent la vie des femmes. La grossesse, loin de calmer certaines situations, peut même réactiver ou aggraver les violences. Dès les premières semaines, la pression psychologique s’intensifie, parfois jusqu’à forcer la femme à avorter contre sa volonté.
Or, beaucoup de personnes ignorent que le code pénal français punit jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amendes (art. 223-10 du code pénal) ceux qui provoquent ou tentent de provoquer un avortement chez une femme sans son consentement.
Un exemple tristement célèbre est celui de la condamnation de Cheb Mami à une lourde peine de prison. Le chanteur franco-algérien Cheb Mami a été condamné le 3 juillet 2009 à cinq ans de prison ferme par le Tribunal Correctionnel de Bobigny pour des violences infligées en 2005 à son ex-compagne, qu’il voulait forcer à avorter.
Témoignages de femmes forcées à avorter
Nous recevons régulièrement des témoignages de femmes qui évoquent le chantage affectif ou la pression directe exercée par leur partenaire pour interrompre une grossesse. Dans bien des cas, le consentement est arraché plus que donné. Stéphanie, 34 ans, nous a raconté comment son conjoint l’a contrainte à avorter alors qu’elle voulait garder l’enfant. Belinda, 19 ans, a subi la pression de sa mère pour avorter contre sa volonté. → Lire leurs témoignages
Des mesures pour protéger les victimes :
Plusieurs dispositifs sont aujourd’hui en vigueur pour protéger les victimes de violences conjugales :
- Le 3919 : numéro national de référence pour les femmes victimes de violences, gratuit et anonyme, disponible 7j/7
- L’ordonnance de protection : elle permet à un juge aux affaires familiales d’éloigner le conjoint violent en urgence, sans dépôt de plainte préalable
- Le bracelet anti-rapprochement (BAR) : c’est un dispositif électronique permettant d’alerter la victime si l’auteur des violences s’approche à moins d’une certaine distance
- Les hébergements d’urgence dédiés : des places réservées aux femmes victimes de violences, accessibles via le 115 en précisant la situation
- Le signalement en pharmacie : depuis 2020, les femmes victimes peuvent signaler leur situation discrètement dans les pharmacies participantes via le code “Où est Bryan ?”
Une justice pour toutes les femmes
Il est essentiel que la protection juridique s’applique à toutes les femmes, qu’elles soient mariées, pacsées ou en union libre. Trop souvent, les violences conjugales associées à l’IVG restent invisibles dans les statistiques, les débats publics et même les accompagnements médicaux.
Conclusion
Violences conjugales et IVG sont malheureusement parfois étroitement liées. La violence, psychologique ou physique, ne s’arrête pas à la porte de la maternité. Protéger les femmes, c’est aussi respecter leur choix, leur consentement, et leur permettre de décider librement de leur grossesse, sans menace ni pression.
Vos questions :
Que faire si mon partenaire me force à avorter ?
Forcer une femme à avorter est un délit pénal puni de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (art. 223-10 du Code pénal). Si vous vous trouvez dans cette situation, vous pouvez appeler le 3919 (violences femmes info) ou nous contacter anonymement. Vous n’avez pas à subir cette pression seule.
Comment savoir si je subis une pression abusive de mon partenaire ?
La pression peut être explicite (menaces, ultimatums) ou subtile (chantage affectif, argumentation financière répétée, isolement). Si vous avez l’impression que la décision n’est pas vraiment la vôtre, c’est déjà un signe. Notre article sur les pressions de l’entourage peut vous aider à identifier votre situation.