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Marine P.


Je m'appelle Marine P.  et j'ai 24ans. j'ai avorté le 5 mai dernier.
 
Je sortais d'une histoire un peu compliquée et je me suis remise avec quelqu'un avec qui on a décidé de faire un enfant en décembre 2010, fin janvier j'étais enceinte. Le papa était le plus heureux du monde et moi j'étais heureuse mais stressée car c'était le premier et j'étais en préparation pour le concours d'entrée en école d'infirmière. On décide de l'annoncer à sa famille et à la mienne et jusque là tout allait très bien.
 
Sa famille à très bien réagi mais ma mère beaucoup moins bien... Elle commença à me demander comment j'allais faire pour mes études, comment on allait faire financièrement, etc … Pour mes études j'ai choisi de les mettre en stand by. Ma grossesse se passait plutôt bien mais le stress que ma mère me mettait m'envahissait. Puis de là, les relations avec mon compagnon ce sont dégradés car je paniquai et personne ne me rassurait. C'était plutôt tout le contraire. Je l’ai annoncé à mon travail (intérimaire à l'époque depuis 1an au même endroit) et à la mère de mon ancien copain (pas le père du bébé) que je considérais comme ma seconde maman (à qui je donne dans le texte le prénom de Karine) et qui travaillait avec moi. Et de là, une descente aux enfers a commencée... Chaque jour,  elle militait contre mon compagnon et ce bébé. Un de mes collègues se liait avec elle pour me dire que je gâchais ma vie, que je ne resterai pas avec mon conjoint, qu'élever un enfant à deux c'était dur, etc…! Que je gâchais toutes mes chances de revenir avec mon ex (le fils de Karine). Mon compagnon me mettait sans cesse en garde sur l’emprise de cette femme sur moi. Je ne l'écoutais pas car nos relations étaient tellement tendues que je ne voyais même plus ma vie avec lui.
 
Je me voyais faire cet enfant sans père, à galérer, et ma mère en rajoutait en me disant que je ne semblais pas heureuse.
 
A force de harcèlement  j'ai perdu pied,  je pleurais sans cesse et me disait : Mais comment tu as pu te mettre dans la merde à ce point la? Il faut savoir que je travaillais énormément et que n'arrivant pas à dormir chez moi car il faisait trop chaud j'allais 2 à 3 fois par semaines chez ma mère qui me travaillait au corps en me demandant si j'étais bien sur que je voulais le garder.
 
Un jour, où mon ami et moi nous nous étions disputés, le doute prit le pas sur moi et je lançais la phrase mercredi 3 mai :  « je veux me faire avorter et quitter mon ami dans la foulée ». J'étais à 15 semaines donc hors des délais légaux en France et l'ex belle-mère avait la réponse : l’étranger. Je pris rendez-vous dans la foulée et le jeudi soir je partais avec Karine (l'ex belle mère) pour l'Espagne avec rendez vous le vendredi 5 mai à 8h du matin à jeun. Ma mère m'a même payé l'avortement.
 
Pour mon conjoint, je lui ai dis qu'il y avait un problème avec le bébé, que je devais me faire avorter pour raisons médicales et que je voulais le faire au plus vite car c'était trop dur de porter un enfant qui allait mourir. Il a voulu m'accompagner mais j'ai refusé à plusieurs reprises en lui disant que ce serait trop dur pour moi s'il était la. Sa douleur était tellement dur  à voir que je me serais effondrée.
 
 Si j'avais su,  ou si j'avais plus réfléchis,  j'y serais allée avec lui car je sais que je ne l'aurais pas fait... Une fois sur place, j'ai remplis le dossier et  j'ai vu une psy. Je lui disais pourtant en larmes :  « Je n'ai pas le choix, il y a mes études et avec le papa ,cela ne va pas très bien. etc… » J'aurais  aimé qu'elle me dise "mais si ! Vous avez le choix ! un enfant c'est pas un frein dans une carrière.  C'est juste plus dur avec et puis avec le papa ça va s'arranger. Et si cela s'arrange pas et bien vous ne serez pas la première dans ce cas" Mais au lieu de cela,  elle me conduisit fermement à l'écho. Je me souviens que l’écran était dos à moi, on entendait rien mais quand je suis sortie je l'ai vue et la je me suis effondrée en larmes. Je ne voulais plus le faire mais Karine était la et elle me poussait. 10 minutes après j'étais vêtue d'une blouse en papier bleu sur un lit. Je pleurais sans cesse. Ils m'ont donné deux petits cachets de sédatif et après direction le bloc. On m'écarte les jambes, on m'endort et je sens les larmes qui coulent... Je me suis réveillée directement, ils m'ont mise sur le lit. Deux minutes plus tard je voulais aller aux toilettes car je saignais. Je n'avais qu'une idée en tête sortir le plus vite  de cet endroit... Ils m'ont demandé de me rendormir. 10 minutes plus tard le gynéco (je suppose) qui m'avait avortée est venu m'examiner. « Tout allait bien », et à ce moment j'ai essayé de tout oublier.  La première chose que j'ai faite une fois en France, c'est d'appeler mon conjoint pour lui dire que « tout allait bien ». Je suis rentrée chez ma mère, j'ai dormi et le lendemain je retournais au travail comme si de rien était...
 
Pour ceux qui savait que j'étais enceinte, j’ai dit que j'avais fait une fausse couche c'est à dire à tout le monde sauf à ma mère et Karine.  Depuis je cache la vérité à mon conjoint car il en souffre encore aujourd'hui... Je ne sais même pas comment lui dire, non pas par peur qu'il me quitte mais par peur qu'il rejette le nouvel enfant que j’attends aujourd’hui ...( car nous avons appris il y a 1 mois que j’étais enceinte).

Mais,  il n'y a pas un jour où je ne pense pas à ce bébé, au fait qu'à cause d'un manque de confiance en moi j'ai écouté les autres au point de tuer la plus belle chose au monde!
Je ne l'ai pas dit aux gens susceptibles de reproduire ce qu'ils m'ont fait! Seule sa famille est au courant car la mienne ne comprendrait pas pourquoi je « refais » un enfant alors que je viens de commencer l'école d'aide-soignante. Ma directrice m'a en plus demandé de choisir entre un report ou l'avortement ! Cet enfant n'était pas prévu maintenant mais même si c'est dur pour moi de reporter mon année,  cette fois ce bébé  est ce que j'ai de plus cher et je ne veux pas avorter.

Si j'ai souhaité témoigner aujourd'hui c'est parce que je me suis sentie dépossédée  de ma faculté de choisir. Et pire, j'ai eu le sentiment que personne ne respectait mon choix... Un enfant est le plus beau cadeau que puisse faire la vie surtout si on en a le désir.
Je comprends que certaines fassent le choix d'avorter, tant que c'est LEUR choix et pas celui qui est imposé par un autre. Car dans mon cas, comme  souvent,  on a fait ce choix car on a vraiment été amené à ce choix... C'est ce que j'appelle de la propagande !

Je crois qu'il faut prendre l'avis du papa mais il faut surtout écouter son cœur et s'isoler afin de prendre sa décision. Vivre chaque jour avec l'idée qu'on a tué son enfant est une mort à petit feu... Alors que perdre un amour, on s'en remet la plus part du temps...

Depuis mon avortement j'ai démissionné et je ne parle heureusement plus à Karine. Je ne je ne pense plus non plus à mon ex  et mon couple se porte très bien!
 
 Voila j'espère que cela aidera celles qui sont dans la situation que moi. 
Marine le 11 janvier 2012