ivg medicamenteuse

 

Jenny 24 ans

Je vous envoie mon témoignage afin que vous le publiez. Celui de mon compagnon arrive demain. J’ai été ravi de votre appel, vraiment merci.

J’ai 24 ans et deux IVG derrière moi. Vous pouvez penser que je suis une « gamine » qui prend mal sa pilule, ou comme on me l’a dit « une femme prête à tout pour avoir un enfant », mais ce n’est pas le cas. Je suis hyper-fertile, la contraception ne marche pas sur moi. Je ne considère pas cela comme un problème en soi car beaucoup aimerais avoir mon « problème » au lieu de faire un parcours du combattant pour serrer un petit être dans leur bras. J’écris afin de vous faire partager mon expérience et en espérant que cela vous aidera dans cette dure décision qui, au contraire de ce que l’on vous dit, sera avec vous chaque jour.

Tout cela commencé en 2010, mon compagnon et moi étions ensemble depuis 6 mois. Je suis tombé enceinte alors que j'étais sous pilule (diane 35). Comme beaucoup le savent la pilule n’est pas à 100% fiable, et on a cru que nous étions dans ce tout petit %. Je n’avais jamais vraiment voulu d’enfant car j’ai toujours eu un peu peur de ce ventre qui grossit, de la douleur de l’accouchement, on avait beau me dire « mais c’est magnifique », j’avais l’impression que les femmes se baladaient avec un alien dans le ventre. J'étais donc très à cheval sur la prise de ma pilule. Mais voilà, dans les toilettes, ayant pris un test plus par curiosité que par réelle inquiétude, je me suis prise deux barres dans la tête. Ma première réaction fut «  hors de question que je le garde ! ». Mais chaque jour, chaque heure, chaque minute passant vous vous rendez compte qu’un petit de vous grandi en vous. C’est instinctif, mais je me suis prise d’amour pour cette « chose » dont je ne savais rien à part des chiffres (taux d’hormones dans le sang, temps de grossesse, les fameuses deux barres !). Mais mon compagnon vivait à 900 km de moi, je m’occupais de ma grand-mère, je n’avais pas d’emploi, bref’ ce qui n’est pas conseillé pour élever un enfant. J’en ai parlé avec ma sœur qui elle avait déjà avorté une fois. Elle me disait que l’avortement ça ne fait pas mal, qu’on oublie vite, que je n’y penserais plus et que « quel que soit ma décision la famille sera là ». Je pleurais. Beaucoup. Pas à cause des hormones, mais à l’idée de devoir « tuer » ce petit être. Puis vint l’échographie de contrôle. Le médecin savait que je n’allais pas le garder, et il a fait ce que beaucoup penseront cruel, mais pas moi. Il m’a fait entendre le cœur sans que je ne demande rien. Je ne lui ai même pas demandé ce que c’était. Je savais. Je lui ai demandé pourquoi il faisait ça, il m’a répondu qu’on moins je serais sûr de ce que j’allais faire. Il avait raison, même si cela fut cruel, mais au moins je ne me voilais pas la face devant une image en noir et blanc. Je continuai à pleurer. Au fond, je le sais maintenant, j’aurais aimé garder ce bébé, pas à cause de son papa, pas à cause de moi, mais à cause de lui. J'étais folle amoureuse de ce petit être que je ne connaissais pas. J’allai donc au premier rendez-vous, celui où l’on prend le premier médicament pour stopper la grossesse. Je me souviens encore qu’une heure avant j'étais dans un café en train de boire un chocolat en écrivant sur un petit carnet : je vais tuer mon bébé. Quelle mère pourrais-je être après ça ? J’ai mis du temps à prendre les comprimés. J’ai pleuré, pleuré encore pleuré, et j’ai avalé le tout et parti presque en courant de la pièce. J'étais agar comme on dit. Ca y est c’était fait.

Le surlendemain, je devais aller à l’hôpital pour l’expulsion. Je suis arrivée le matin. J’ai pris de nouveaux comprimés qui allaient provoquer des contractions afin d’évacuer l’embryon. L’infirmière m’avait expliqué que je pouvais avoir des nausées et de la prévenir pour qu'elle me donne quelque chose contre. Mais une heure après : rien. Elle part quand même chercher un anti nausées au cas où. Quand elle est revenue j'étais en train de vomir tout ce que je savais dans le lavabo. Elle alla chercher une perfusion pour que cela aille plus vite. Quand elle arriva, j'étais étendu par terre à côté de la toilette ou j’avais aussi vomi. Elle appela une collègue pour me mettre sur le lit et c’est là que les douleurs sont arrivées. Je mettais des coups de pied dans le lit, gémissais. Elle rata 5 fois la perfusion de morphine, qui devait me soulager. Mais le soulagement vient à la 3 eme dose. Je restai la journée la bas, et je ne commençai à saigner que vers 16h/16h30. En rentrant chez moi j'étais trop ailleurs pour me rendre compte. Et voilà ce que j’ai fait pendant plus de 6 mois : L’AUTRUCHE. Je ne pleurais plus, n’en parlais pas. Peut-être penserez-vous que c’est mieux. Sauf que ça s’accumulait a l’intérieur. C’est lors de ma visite chez ma belle-famille que j’ai craqué. J’en étais malade (douleurs au ventre surtout). Mon compagnon c’est alors rendu compte de la supercherie et ça ne lui a pas plus. Il ne comprenait pas pourquoi je n’avais rien dit car lui aussi souffrait mais il pensait que vu que je tenais bon, il le devait aussi. C’est la première fois que l’on s’est trouvé par terre à pleurer ensemble sur cet enfant que l’on n’aurait jamais. Et croyez-moi, beaucoup de ce genre de scènes ont suivi.

Après la première IVG, j’ai mis un implant contraceptif car c’est plus « haut » en hormone. Je ne vous le conseille pas. En deux ans j’ai pris plus de 10 kilos, et vers la fin j'étais quasiment folle ! J’ai même failli agresser une fille dans la rue parce que je n’aimais pas sa voix. Je l’ai donc fait retirer et je suis retournée à une pilule. Un mois après j'étais enceinte. Et là je me suis « ho ho ! ca suffit la ! » Et en discutant avec un médecin il m’a expliqué qu’ il y a des gens sur qui les hormones ne marchent pas, et que c’était mon cas (en parlant avec mon père, il me révéla que ma mère avait eu ses grossesses -5- sous contraceptif). Et là se posa la question fatidique : est-ce qu’on le garde ? Car oui, étrangement la question ‘est venu automatiquement. En faisant des recherches je me suis retrouvé dans les articles parlant d’autopunition. Pourquoi le garderais-je alors que c’est si facile une IVG ? Et puis je suis déjà une mauvaise mère ! J’ai tué mon premier bébé ! (c’était une réflexion inconsciente, latente, dans son jardin secret). Ce n’était pas tellement le moment j’allais rentrer à la fac. Mon compagnon risquait de partir pendant 4 mois loin de moi. Mais ça encore c’est surmontable, ce qui l’est moins c’est les finances. Je suis alors allé voir un assistant social au CCAS qui m’a dit ceci : « vous pensez quoi ! Vous n’aurez droit à rien ! 160 euros par mois à la naissance et c’est tout comme tout le monde ». Il a surement du me prendre pour une inconsciente. Je suis sortie en expliquant à mon compagnon (qui lui aussi se renseigner) que non on n’aurait pas d’aide. Les même scènes, pleurant, se disant « non je ne veux pas repasser par la » revenait. Mais je le faisais pour l’enfant pas pour moi. Moi je savais que j’allais souffrir autant physiquement que mentalement. Mon compagnon m’accompagna (la première fois il ne pouvait pas), il est venu à l’échographie, au prise de médicaments, a « l’expulsion ». Il resta un peu distant tout en prenant soin de moi (il a nettoyé tout ce que je vomissais, me soutenais pendant la longue période de douleur, m’aida à marcher etc.). Et je suis tombé, excusez-moi du terme, mais sur un hôpital de m****. Aucune prise en charge, on vous laisse dans une chambre. L’infirmière vous dit qu’il faut apprendre à gérer sa douleur, le médecin dit que vous n'avez qu’à souffrir en silence comme les autres et si vous êtes pas contente, il vous fait deux piqures dans le vagin et un curetage ( ce sont ses mots). Je suis parti ayant toujours mal, et je suis restée trois jours comme ça. C’était en 2012…. On est en 2013…

Ce que je peux vous dire, c’est que c’est tout sauf anodin. Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à mes deux bébés. Il n’y pas un jour où je ne les pleure pas. Je ne suis pas contre l’avortement, mais les plaquettes médicales ou les « autres », ne disent pas tout. Ils ne parlent pas de la douleur atroce, violente. De la lourdeur psychologique (j’ai toujours refusé IVG par aspiration car je ne veux pas que l’on me mette une pipette dans l’utérus pour aspirer mon bébé, là c’est trop !). Cela vous suivra toute votre vie, vous poussera à vous poser des questions sur vous, sur la mère que vous serez, sur vos prochaines grossesses. Je conseille aussi d’aller voir un psy après. Mon psy c’était mon homme et j'étais le sien. Lui aussi l’a mal vécu, il ne faut pas croire que cela ne concerne que la femme. Évidement c’est vous qui allez le porter, le mettre au monde, donc vous décidez mais cela n’empêche pas le papa de souffrir. Pour être honnête là où j’ai commencé à aller mieux fut le jour où mon homme me souhaita la fête des mères. Je lui ai dit que je n’étais pas mère, je suis tombé enceinte mais je ne suis pas mère. Cela m’a permis un certain détachement. Mais en me relisant, je vois à quel point j'étais – et je suis encore en partie- affectée. Certain penseront que j’ai besoin d’une bonne thérapie, que je suis peut être « folle » mais croyez-moi, vous ne serai plus la même après. Une blessure sera en vous et, comme tout deuil, on ne s’en remet jamais complément, car ce n’est rien d’autre que ça : un deuil vécu et ressenti en direct.