centres ivg

...C'était il y a plus de 20 ans. A l'époque mère de deux enfants, j'avais  fait une fausse couche spontanée quelques mois plus tôt... ouf ! mon  dernier avait alors 8 mois ! Mais je retombais enceinte en début de cycle et  sous contraceptif local ! L'IVG s'est bien passée, mon gynéco était compréhensif, et la  probabilité que la grossesse se soit bien passée était faible, il m'a donc  accompagnée et a lui même pratiqué l'acte. Côté du père c'était dur : quand j'ai dit que je ne me sentais pas la force  d'une nouvelle grossesse (j'étais fatiguée et dans une passe boulot hyper  compliquée) il a juste dit "si tu n'en veux pas, ne le gardes pas !".Rien d’autre, pas un mot de soutien, pas un temps d'échange, pas de questions sur mon ressenti... cela est devenu juste un problème que -moi- j'avais. Il ne m'a même pas accompagnée à la clinique, et je lui en ai voulu, je me  suis sentie si seule. Je ne lui en reparlerais que 20 ans après. Notre mariage qui avait déjà ses problèmes sans doute, ne s'est pas arrangé. 3 ans après il me demandait un autre enfant. J’ai dit oui, non sans tenter de dire que ce n'était tout de même pas si  simple pour moi. La fin de la grossesse s'est mal passée, car il devenait très agressif.  Psychologiquement, il me traitait sans ménagement, et moi je comprenais qu’avec cet homme, je n'allais finalement pas vieillir avec lui ! Bref, 3 ans encore après, je voulais me séparer, ce fut si compliqué qu'il  fallu encore 3 ans avant une procédure de divorce qui dura 7 ans jusqu'à  partage complet (en fait comment "partager" cet héritage là ?) Puis dix ans sans qu'il ne m'adresse la parole sauf pour me faire des  reproches, ou m'agresser au cours de multiples audiences de JAF (toujours sur  sa demande). Il m'en voulait (il m'en veut  toujours ?) effroyablement.

Pendant toutes ces années, je me suis formée et suis devenue thérapeute  depuis environ 15 ans... Mais c'est seulement récemment, en travaillant sur  un bout de mon histoire pour mettre au point un outil thérapeutique que  l'histoire m'a rattrapée (l’an passé à date anniversaire -car on n'oublie  JAMAIS !- j'avais reconnecté avec cet épisode de ma vie, et osé lui  écrire à quel point je m'étais sentie seule pour vivre çà), j'ai pris  conscience de beaucoup de choses : notamment à quel point cela avait été  douloureux pour le père également, mais refoulé totalement dans l'inconscient. Ce qui émergeait seulement était son ressentiment, et il  retournait une culpabilité contre moi !
Une fois cela vu (et après tant d'année, fortuitement nous avons eu  l'occasion de parler 'normalement' de tout et rien !) j'ai commencé à voir  ce qui ME concernait : des restes de culpabilité qui étaient restés  inconscients, un deuil qui finalement n'a pas été fait... j’œuvre en ce  sens en ce moment, et c'est ainsi que j'ai trouvé ce forum. Cet épisode a profondément agit sur ma vie, dans de multiples aspects. Il m'a permis de toucher ma faiblesse, avant je n'avais pas le droit à  l'erreur, là j'en avais fait une énorme !!
J'ai touché mon humanité et j’ai dû apprendre à l'accepter. J’ai appris  beaucoup et j’ai mis cela au service d'autrui, avec humilité. J'ai fait des  choix de vie dont je suis fière, mais je sens que qque chose "peine" encore  et toujours à se développer. Beaucoup de mes projets... avortent. Là après des années, j'en ai un, sur une longue durée... je suis heureuse  donc de pouvoir « reprendre le dossier ». Je ne me suis pas autorisée à recevoir beaucoup, mon corps se met à mon  service avec des douleurs et petits bobos pas graves heureusement mais qui  m'obligent à écouter ce qui se dit dedans...etc. ; Donc, oui, mon IVG « s'est bien passée », et je me suis fait accompagner  psychologiquement de suite, ce qui m'a sans doute évité dépression et  autres sorties de rails. J’estime avoir eu de la chance, la vie m'a gâtée ! Mais il me manque toujours "un bout" que j'ai perdu dans cette aventure. Je ne désespère pas de le retrouver, mais c'est difficile d'arriver à me  connecter avec cette part d'ombre, cela m'échappe encore.

Plus de 20 ans ont passé et c'est seulement maintenant que je suis prête à  avancer sur ce deuil. On a banalisé cet acte, on a cru que nous avions cette "liberté"... mais  c'est aussi un enfermement psychologique. Je ne regrette pas car cela ne servirait à rien. Mais il est important d'être accompagnée et de savoir que l'avortement a un prix, et que c'est de notre personne que nous payons. Jusqu'à pouvoir,  enfin, faire le deuil. Ce que je vous souhaite, à toutes, et ... ce que je me souhaite ! Marianne est le prénom que je lui donne aujourd'hui (c'était aussi celui que j'ai ressenti lors d'une fausse couche 3 ans après, peu de temps avant  ma dernière grossesse)