adoption

  

Mon témoignage est un peu différent des autres. Il devrait s’intituler «  j’aimerais bien le garder.. » mais il n’y a pas de rubrique pour cela dans votre site. Aussi, il peut avoir sa place ici dans le chapitre « je le garde » tout en souhaitant ne blesser personne.
 
 J’ai rencontré l’homme de ma vie assez tard, à 33 ans. Coup de foudre quasi-immédiat et  j’ai su que ce serait lui, le père de mes enfants. Nous sommes mariés le jour de mes 34 ans et nous avons commencé à attendre l’enfant… Un enfant qui ne vient pas. Un enfant qui ne viendra peut-être jamais.
Au bout d’un an sans l’ombre d’une grossesse, j’ai commencé à consulter des médecins. Un mois plus tard, les résultats sont tombés : hypofertilité sévère du côté de mon mari, ralentissement de la fertilité de mon côté (je venais d’avoir 35 ans.). Depuis…rien. Je vais bientôt avoir 37 ans. Ma troisième FIV est prévue dans deux semaines, mais j’ai peu d’espoir; j’aime autant vous dire que la science fait beaucoup de « miracles », mais pas pour tout le monde.
 
Depuis un moment je lis régulièrement les témoignages et suis je suis frappée de voir combien il est difficile, dans les circonstances que la plupart d’entre vous traversent, d’arriver à « s’écouter soi-même », à reconnaître son vrai désir. Je voulais mettre mon histoire en miroir de celles qui disent voir apparaître sur leur test de grossesse « cette maudite barre de plus » (dixit Fanny ) Mon témoignage pourra peut-être les aider, en abordant la situation sous un angle différent, à y voir plus clair dans leur désir profond. Je ne juge aucune d’entre vous. Si j’étais à votre place, je ne sais pas ce que je ferais moi-même.
 
Dans certains  messages, je suis frappée de lire que l’alternative se joue entre « garder le bébé » ou « le supprimer » ; mais n’y a-t-il pas place pour une troisième voie ? Une voie qui consisterait à dire : « je mène la grossesse à terme et, si je ne peux pas assumer aujourd’hui ce bébé, je lui donne quand même la vie et je permets à un couple infertile de l’accueillir dans son foyer » ?
 
Ne vous méprenez pas sur mes intentions : mon mari et moi n’avons fait aucune démarche d’adoption, donc je ne suis pas en train de plaider ma cause ; votre bébé n’arrivera pas dans mon foyer. Je ne suis pas non plus en train de vous dire : « attention, n’avortez pas, car si à 35 ans vous apprenez que vous ou votre compagnon est infertile, vous regretterez de n’avoir pas gardé ce bébé » ; On ne peut pas fonder une telle décision sur un raisonnement de ce type car les bébés doit être accueillis pour eux-mêmes. Sachez simplement que l’infertilité peut vous toucher juste après votre grossesse actuelle ou bien encore indirectement par l’intermédiaire de votre compagnon. Et que des milliers de couples sont dans cette situation.
 
 
Pour certaines, je sais que c’est très difficile de mener la grossesse à terme, car la pression familiale et communautaire est trop forte. Pour d’autres, ce n’est pas tant la grossesse qui pose problème, que la perspective de devoir assumer cet enfant dans des conditions difficiles. Faut-il pour autant recourir à l’IVG ? Est-ce là votre désir profond ? Ces difficultés sont-elles insurmontables ?
 
Je ne souhaite culpabiliser aucune d’entre vous et j’ai conscience que mes questions sont dérangeantes. Mais je voudrais qu’au moment de prendre votre décision, il y ait une petite place en vous pour une lueur d’espérance. Quelles que soient les difficultés que vous traversez aujourd’hui, et que je ne minimise absolument pas, vous avez le pouvoir de faire de cette grossesse, pour vous d’abord, pour ce bébé, et aussi pour ceux qui l’accueilleront (votre couple, ou un autre couple qui l’adopterais), ce qu’elle devrait être : UN EVENEMENT HEUREUX.
 
Je continuerai à lire chacune d’entre vous avec beaucoup de respect.